Voyager en bus en Amérique du Sud

Voyager en bus en Amérique du Sud: tout un roman!
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Lamas
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Voyager en Amérique du Sud aura été pour nous l’occasion de découvrir un mode de transport pour moyennes et longues distances peu courants en France: le bus!

Et pour se caler à notre itinéraire, imaginez un peu toutes les distances que nous du avons parcourir entre Buenos Aires (notre porte d’entrée), Cusco (notre point le plus haut Nord) et Santiago de Chile (notre porte de sortie): une vraie orgie de bus! Nous nous sommes amusés à compter: environ 170 heures de bus, soit 7 jours complets, pour au moins 5 000 km!

Est-ce à cause de ses distances démesurées que l’Amérique du Sud est si peu desservie par des liaisons ferroviaires? On n’ose faire le calcul des couts de maintenance… D’autres expliquent que ce sont les privatisations des années 80 qui sont à l’origine de la faillite de ce mode de transport. D’autres enfin sont persuadés que le puissant lobby des entreprises de bus agit secrètement pour saboter cette activité concurrente.

La concurrence
La concurrence

Il n’est pas rare qu’on nous méprise, nous, européens, avec nos distances ridicules et nos pays à la superficie de mouchoir de poche. Sans parler de la jalousie que suscitent nos compagnies aériennes low-cost, qui réduisent des distances pourtant pas si lointaines en comparaison des pays d’Amérique du Sud. On a déjà entendu “moi si j’habitais Paris, je m’envolerai tous les weekends à Londres, Rome, Berlin ou Lisbonne!”.

La première étape de votre adaptation consistera à vous repérer parmi les multiples entreprises de transports. Il faudra vous défaire de votre habitude de monopole. En Argentine et au Chili, elles offriront les mêmes services pour les mêmes prix, grosso modo, mais à des horaires différents. Mais en Bolivie et au Pérou, c’est une autre paire de manche. Il y a des entreprises pour toutes les bourses, la qualité et le service à bord varient donc sensiblement. Conseil n°1: vérifier que votre bus propose des toilettes et du chauffage à bord, mais cela restera rare en Bolivie. Conseil n°2: il vaut mieux payer un peu plus cher plutôt que d’attendre des heures que le bus économique se remplisse. Conseil n°3: ne jamais acheter votre ticket de bus dans une agence de voyage en pensant que cela vous simplifiera la vie, elle pratiquera une commission parfois exorbitante de plus de 50% du prix initial du billet!

Un bus
Un bus

Il y aura des bonnes surprises à l’image les bus boliviens, qu’on nous dépeignait comme un supplice alors qu’ils sont très confortables, et les mauvaises, par exemple, les bus péruviens où l’on ne préfère pas comprendre pourquoi chaque passager est filmé en entrant dans le bus (pour des raisons de sécurité).

La deuxième étape sera de vous familiariser avec le vocabulaire utilisé par les vendeurs: vous voulez un siège “cama” (lit) “semi-cama” (moitié lit), avec un degré d’inclinaison de 120°C ou 160°C, dans un bus “trois files” ou “classique” (ils s’agit du nombre de rangées dans le bus)?

La troisième étape est de ne pas oublier de régler la taxe locale, “le droit d’usage du terminal de bus”, obligatoire selon les pays. Les vendeurs ne vous l’expliqueront pas et personne n’appréciera le retard que vous causerez en allant vous acquittez à la caisse du terminal au dernier moment, même en courant.

Enfin, ne vous laissez pas impressionner par les vendeuses qui essaieront de vous attirer avec leur puissance vocale ou encore celles qui se précipiteront sur vous quitte à vous arracher votre valise pour que vous les suiviez. Restez zen et déterminé.

Vous êtes fin prêts!

Route cahoteuse
Route cahoteuse

Alors que nous avons été marqué par la durée de notre premier trajet en bus (16 heures!), il s’avèrera pourtant être du “pipi de chat” face à nos 24h de bus entre San Pedro de Atacama et Valparaiso (Chili) ou nos 48h (avec escale) entre La Paz (Bolivie) et Cusco (Pérou). Très vite, avec un trajet de 3 heures, on a tout juste le temps de se rendre compte qu’on est monté dans le bus…

Curieusement, c’est toujours au petit matin après une nuit sans sommeil, le dos encore endolori des soubresauts de la veille, que nous découvrons notre bus en panne, au beau milieu du désert d’Atacama ou en plein coeur de l’Altiplano Bolivien. Au regard du calme olympien dont font preuve les passagers qui semblent trouver cela normal, nous comprenons qu’il faudra prendre notre mal en patience. Nous reviennent alors en mémoire, non sans une certaine nostalgie, les quelques dizaines de minutes de retard de nos trains français, de temps en temps: comme nous avions eu tort de nous en plaindre! Tout d’abord, il faudra trouver du signal téléphonique pour prévenir la centrale de bus. Si vous avez de la chance, elle affrètera un bus pour venir vous chercher, sinon il faudra attendre le prochain prévu dans la journée. Enfin, vous pourrez toujours attendre longtemps votre coupon de remboursement pour les 5 heures de retard!

Paysage à rêvasser
Paysage à rêvasser

Quant à nos occupations pendant ses longues heures, nous avons déjà parlé des films. Comme ils nous lassaient toujours très vite, nous avons appris à lire avec la nausée. Lorsque les routes étaient trop cahoteuses pour suivre nos lignes, nous pouvions toujours observer les techniques de vente, à succès, des marchands ambulants: “cette céréale était déjà consommée du temps de nos ancêtres, les incas” ou “et pour vous, Mesdames et Messieurs, une promotion exceptionnelle mais qui n’est disponible qu’aux 10 premiers qui lèvent la main!”. Sans oublier le traditionnel bingo (sorte de loto), où nous gagnons sans oser ramasser notre lot (un billet retour pour Cusco où nous ne retournerons pas…). Mais ce qui nous ravissait le plus était, évidemment, de rêvasser en regardant les paysages par la fenêtre.

Bref, voyager en bus tout un roman!

 

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15 comments
  1. Ma copine, qui a voyagé un an en Amérique du Sud (Brésil-Bolivie-Pérou-Equateur-Colombie) vous donnerait volontiers 2 conseils d’importance :
    – Vérifier l’état des pneus : certaines routes peuvent être dangereuses et avec des pneus en mauvais état vous prenez un risque accru ;
    – Vérifier l’état… du conducteur : il n’est pas rare que des conducteurs de bus soient poivrots.

    Faut bien que les voyageurs se disent que la conduite en dehors de France (ou autres pays où les normes sont nombreuses et globalement respectés, ce qui, n’en déplaise aux libéraux, est bel et bien une chance), le code de la route, les règles de conduite, c’est bcp moins strict… Ici au Guatémala, en 2 mois j’ai vu plusieurs accidents, j’ai pris suffisamment de bus dont les conducteurs sont de sacrés cinglés, espérant sans doute que leur putain de musique évangélique et leurs prières leur assureront protection ou, au pire, une bonne place au Paradis… pour vous dire qu’il faut prendre garde.

    Ma copine, pour revenir à elle, a connu des situations de dingue, notamment sur la rouet de la mort en bolivie qui était alors encore ouverte.

    Sinon, bravo pour cet excellent article. Il est tellement bon que je suis jaloux qu’on ne l’ait pas publié sur Voyageurs du Net !
    Mikaël Articles récents..Le tourisme de la misère : peut-on lutter contre la pauvreté avec la pauvreté?

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