A la croisée des chemins

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Où observer des caïmans en Guyane

Une réserve naturelle pour la protection du caïman noir

Pour observer des caïmans, rien de mieux que de se rendre dans les marais de Kaw la nuit. Cette réserve naturelle, depuis 1998, est un véritable sanctuaire pour ces animaux, en particulier pour le caïman noir, qui lui seul, est totalement protégé. 90% de sa population a été décimée, pour trois raisons principales : sa chair (pour, bien souvent, ne manger souvent que la queue), pour son cuir (au niveau de son ventre) et enfin, parce qu’il était courant de vendre les bébés caïman empaillés. L’appareil reproductif du caïman noir n’étant « opérationnel » qu’à partir de 12 ans, on imagine combien leur chasse intempestive a du porter un coup très dur à leur population. Le caïman noir ne doit sa survie qu’à sa récente protection.

Contrairement à la fois précédente, nous nous sommes rendus dans les marais en fin de journée et y avons passé la nuit. Nous en sommes repartis au petit matin. L’expérience est totalement différente qu’en journée. Elle est bien plus exceptionnelle par la richesse de la faune que l’on peut observer, contrairement en pleine journée où les oiseaux sont cachés pour se protéger du soleil. C’est aussi la nuit que l’on peut avoir la chance de tomber « nez à nez » avec un caïman, d’une part parce c’est un prédateur nocturne et d’autre part, parce qu’il est plus facilement remarquable dans le noir grâce au reflet rouge de ses yeux.

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brrr la grosse bébête (photo prise au zoo)

Le bal incessant des oiseaux nous montre la richesse incroyable de la faune des marais

Le parcours commence par une balade d’une heure et demie en pirogue pour se rendre à bord de l’écolodge flottant. La luminosité avec le soleil couchant est exceptionnelle, les multiples teintes de vert sont bien mieux mises en valeur qu’en pleine journée. En fin de saison sèche, à cause du manque d’eau, certains arbres se colorent de feuilles jaunes qui ressortent avec beaucoup de majesté dans cet infini de vert. Elles sont d’un jaune or étincelant, qui nous ferait presque cligner des yeux, tellement la couleur frappe par rapport aux autres arbres. A ce spectacle s’ajoute le bal incessant des oiseaux qui semblent s’amuser de nous faire tourner la tête dans tous les sens ! Le guide qui nous accompagne, prend le temps de nous présenter chaque espèce d’oiseau les plus visibles dans les marais, comme le héron cocoï, qui est le plus grand héron d’Amérique du Sud.

Par rapport à notre dernière excursion en mars dernier, le niveau d’eau est incroyablement bas. Les moucou moucou nous semblent être devenus des plantes immenses, on voit la terre qui borde la rivière ; la vision du marais en est complètement changée. De temps en temps, des radeaux végétaux se détachent de la terre pour suivre tranquillement le courant. Alors que pendant la saison des pluies, l’eau déborde le lit de la rivière et vient inonder la plaine et il devient possible de s’y déplacer en bateau.

Nous arrivons à l’écolodge flottant dans la pénombre. Dans la nuit, les oiseaux ont cédé leur place aux chauves-souris qui passent leur temps à frôler l’eau, mais bizarrement, ne s’aventure pas dans le bateau. Elles sont bien plus impressionnantes qu’à Cayenne ! Après avoir dîné sur le bateau, nous repartons en pirogue, dans la nuit, à la recherche des fameux caïmans.

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bébé caïman (photo prise au zoo)

La balade de nuit en pirogue est tout simplement magique

L’ambiance est vraiment particulière, nos sens auditifs sont d’autant plus exacerbés que l’épaisse nuit tropicale nous coupe toute visibilité. On sursaute à chaque bruit. Et, ils sont évidemment très nombreux. La nuit noire est clairsemée de minuscules points lumineux qui nous signalent la présence de lucioles, bien plus nombreuses au-dessus du marais qu’en pleine forêt. Ce spectacle est tout simplement magique. Très lentement, la pirogue se déplace sans faire de bruit. Le guide balaie doucement sa lampe frontale pour repérer les caïmans qui se trahissent dans la nuit avec le reflet rouge de leurs yeux. Soudain, deux petits points rouges se détachent nettement à l’avant de la pirogue, mais, nous aussi avons été repéré par le caïman qui plonge immédiatement dans l’eau pour s’extraire de notre champ de vision.

Par je ne sais quel procédé, le guide arrive à sortir de l’eau successivement deux bébés caïmans (noir et à lunette) et nous prodigue un passionnant cours de zoologie où nous apprenons, entre autres, que les caïmans ont côtoyé les dinosaures !

Où les bruits de la forêt valent mieux qu’un ronfleur!

De retour à l’écolodge flottant, nous croisons une famille de cabiaï (le plus gros rongeur du monde) en train de se sustenter ! Avec la fraîcheur de la nuit, une épaisse brume envahit peu à peu le marais, rendant l’ambiance encore plus fantasmagorique…

C’est avec ses images incroyables que nous allons nous coucher dans le dortoir de l’écolodge. La proximité d’un ronfleur m’ayant empêché de dormir, j’ai pu à loisir me délecter de tous les bruits de nuit du marais : le clapotis de l’eau, les sauts inopinés de poissons dans la rivière, les innombrables insectes mais surtout le bruit de fond des singes hurleurs, qui nous signalent la proximité de la forêt. Ils produisent des sons difficiles à expliquer et il faut d’ailleurs les avoir au moins entendu une fois pour pouvoir les repérer.

Au petit matin, après que la brume se soit dissipée, nous découvrons avec étonnement le paysage qui entoure le bateau : au loin de multiples petits collines couvertes de forêts (c’est pourquoi nous entendions si distinctement les singes hurleurs la nuit), alors que nous pensions être entourés uniquement de plaines.

Et tandis que l’on nous reconduit au degrad en pirogue, le spectacle de nombreux oiseaux continue toujours autant de nous émerveiller rendant cette escapade dans les marais de Kaw si unique !

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