A la croisée des chemins

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L’Histoire du bagne des îles du Salut

La beauté des îles fait (presque) oublier la barbarie du bagne

Aujourd’hui, la beauté des îles du Salut ainsi que leur tranquillité semblent totalement occulter l’histoire du bagne qui s’est déroulée en leur sein. Au vu des très agréables moments que nous y passons à chaque fois, il est difficile de se rappeler que de nombreux Français n’ont pas du tout eu la même vision que nous de ces petits bouts de cailloux.

La situation géographique des îles – à la fois si proche du continent, à seulement 14 kilomètres de Kourou, mais en même temps si inaccessibles, les courants marins y sont très forts – en a fait un lieu idéal pour installer le bagne.

C’est d’ailleurs dans ces îles qu’on y installa les bagnards les plus susceptibles de s’évader ou les prisonniers politiques à surveiller d’extrêmement prêt. On y envoya aussi les bagnards condamnés par le tribunal maritime spécial (basé à Saint-laurent) pour des délits ou autres crimes à l’intérieur du bagne ou bien tout simplement, les fortes têtes.

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ancien hôpital du bagne

L’île Royale, la plus grande, centralisait le Commandement des trois Iles. C’est là que se trouvent les bâtiments administratifs et logistiques du bagne, la plupart réhabilités : maison du Directeur (aujourd’hui musée du bagne), mess des officiers (aujourd’hui auberge de l’île Royal), hôpital, église, forge, magasins, ateliers abattoirs, porcherie, maisons des surveillants (aujourd’hui gîtes)… ainsi que des cases de forçats employés par le personnel pénitentiaire (aujourd’hui « carbet » pour accrocher les hamacs des visiteurs), et évidemment, son quartier disciplinaire. Tous ces bâtiments sur à peine 28 hectares : on imagine combien la promiscuité devait être terrible, à la fois entre détenus mais également entre le personnel de la « tentiaire »…

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A l’intérieur de l’église

La visite du camp de réclusion de Saint-Joseph glace le dos

Même si l’on ne peut pas accoster sur l’île du diable, la plupart des catamarans proposent de s’approcher de l’île (la face qui est proche de l’île Royale), ce qui permet d’apercevoir la case où Dreyfus aurait vécu tout le temps de sa déportation sur l’île (même si on nous a dit que la bicoque que l’on aperçoit du bateau aurait, en fait, été reconstituée pour être visible des touristes !).

Bien que l’île royale soit bien plus orientée « histoire du bagne » que celle de Saint-Joseph de par l’effort de réhabilitation effectué sur les bâtiments du bagne par le CNES, la visite du camp de réclusion de Saint-joseph ne manque pas de glacer le dos d’effroi tellement on n’ose imaginer les conditions de vie des pauvres hères qui échouaient là. On l’appelait l’île du silence, ou encore le bagne du bagne et l’alignement des 153 cellules à ciel ouvert et des 12 cachots en dit long sur la cruauté humaine. En plus de la promiscuité et la taille minuscule des cellules, les condamnés devaient aussi subir l’humiliation continue des gardiens qui pouvaient s’acharner à leur guise au-dessus des prisonniers grâce à l’absence de toit des cellules. A cela, devait s’ajouter les affres du climat tropical

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Quand la nature reprend ses droits

Si l’on s’extrait de l’histoire de l’Homme, on ne peut que rester admiratif devant la nature, qui en toutes circonstances, puise toujours la force de reprendre ses droits. En effet, les bâtisses ayant été complètement laissées à l’abandon à la fermeture du bagne, la végétation est en train de regagner peu à peu l’espace qu’elle avait perdu par l’installation des bâtiments.

S’il ne reste plus rien en bois dans les vestiges, grâce à l’œuvre des termites, je ne sais pas combien de temps encore les murs en briques ou les structures métalliques de la charpente vont pouvoir résister aux racines tentaculaires des arbres qui fragilisent peu à peu l’équilibre d’ensemble des vestiges.

Par le miracle de la dispersion des graines, un arbre a poussé dans une cellule et s’étant vite retrouvé à l’étroit dans son espace, ses immenses racines sont allées puiser l’énergie nécessaire à sa croissance à l’extérieur en faisant preuve de génie contorsionniste.

La vision d’ensemble s’apparente parfaitement à un tableau post-apocalyptique et mérite à lui-seul le déplacement sur les îles !

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génie contorsionniste de racines d’arbres

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