A la croisée des chemins

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La Guyane martiniquaise

A l’occasion d’une balade à Montjoly, nous aurons découvert qu’un évènement historique bien particulier, l’éruption de la montagne Pelée en Martinique, aura contribué à renforcer les liens entre ces deux territoires d’une bien tragique façon.

Les sinistrés de la Montagne Pelée invités à s’installer en Guyane

Le 8 mai 1902, une nuée ardente, consécutive à l’explosion du volcan de la montagne Pelée, aura, en quelques minutes seulement, détruit la Ville de Saint-Pierre, et exterminé quelques 26 000 personnes.

Cette éruption est le point de départ une nouvelle phase d’immigration martiniquaise en Guyane. En effet, le gouvernement, voyant une opportunité de renforcer le peuplement de la Guyane, décide d’attribuer aux Martiniquais sinistrés une concession foncière sur le domaine de Montjoly. Quelques centaines de personnes répondent à l’appel, sur des dizaines de milliers de sinistrés. D’ailleurs, ce ne sont pas les survivants de la Ville de Saint-Pierre qui ont émigré en Guyane – on en a dénombré trois ! – mais les habitants des communes environnantes. Au départ, assignés à des tâches agricoles, les arrivants auront vite rejoint les rangs des citadins.

Affiche-Martinique

Appel à dons

Saint-Pierre rayée de la carte

La Ville de Saint-Pierre ne se remettra jamais de cet évènement. Avant l’éruption, elle était considérée comme la capitale économique et culturelle de la Martinique, surnommée, à ce titre, le « petit Paris des Antilles ». En 1910, elle est tout bonnement rayée de la carte des communes de France… Ce n’est qu’en 1923 que la Ville parvient, difficilement, à renaître de ses cendres. Mais la population actuelle (à peine 5 000 habitants) ne retrouvera jamais sa puissance d’antan (20 000 habitants) et restera à jamais marquée par cet évènement. A ce titre, un musée volcanologique ainsi que des ruines en plein air dans les quartiers du centre témoignent parfaitement de cette triste page de l’Histoire.

Ce qui choque le plus dans cette catastrophe naturelle est l’inaction des pouvoirs publics dans l’organisation de l’évacuation de la Ville. En effet, l’explosion du 8 mai était tout sauf imprévisible. Dès le 25 avril, la montagne a montré des signes de réveil : petites explosions, vomissements de cendres, odeur de soufre, pluie de cendres, etc. Plus que de l’inertie, les autorités ont concentré leurs efforts à cacher les présomptions d’éruption. L’explication donnée à cette atonie– le report d’élections législatives qui aurait engendré un surcoût et beaucoup de tracasseries administratives – paraît tout bonnement ahurissante.

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Ruine du théâtre dont il ne reste que les escaliers

La Guyane reconnaissante

Une très intéressante bande-dessinée relate cette éruption volcanique la plus meurtrière du 20ème siècle. Il s’agit de « Belem –tome 2 – enfer en Martinique ». Ce célèbre trois-mâts est l’un de seuls navires commerciaux rescapés de la catastrophe (pour avoir dû mouiller dans une autre rade).

Pour commémorer le centenaire de l’arrivée des sinistrés Martiniquais en Guyane, une stèle a été érigée en 2002 en forme de volcan au niveau de la place du souvenir (dédiée aux sinistrés de Saint-Pierre), en face du centre culturel Pagaret, à Montjoly. De même, les rues alentours ont été baptisées du nom des premiers Martiniquais installés dans le bourg. Un récent jumelage entre la Ville de Rémire-Montjoly et la Ville de Saint-Pierre vient compléter ce dispositif de mémoire.

Aujourd’hui, beaucoup de Martiniquais choisissent encore la Guyane comme terre d’accueil, dans l’optique de se rapprocher de leur île, parce que le marché de l’emploi y est saturé et qu’il est très rare pour un fonctionnaire de parvenir à être muté en Martinique. Preuve en est que les liens entre la Guyane et la Martinique sont forts, il existe plusieurs vols quotidiens de deux heures entre Cayenne et Fort de France.

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