A la croisée des chemins

Le blog de notre tour du monde et de notre vie en Guyane

[Livre] Les hamacs de carton

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Un carnet de voyage original sur la Guyane

Un carnet de voyage sous la forme d’un polar

Colin Niel, un métropolitain ayant vécu 6 ans en Guyane en tant qu’ingénieur en environnement, nous livre à sa manière, son carnet de voyage sur la Guyane, en écrivant un polar.

Malgré le style un peu froid, le roman policier se lit bien et on se laisse très vite attraper par l’intrigue. Le tableau de la Guyane qui est dressé n’omet rien : orpaillage, insécurité, pauvreté, trafic en tout genre, inégalité, sans oublier toute sa richesse qui en fait un territoire si unique: sa diversité culturelle, son rapport à la nature, son climat.

Le livre met particulièrement en avant la culture noire-marron, issue des fameux peuples descendants d’esclaves fugitifs, ayant fui les plantations des colons européens. La plupart s’étaient installés en bordure des fleuves en pleine forêt amazonienne, où ils demeurèrent jusqu’à aujourd’hui. A la lecture du roman, on ne peut qu’être captivé par la permanence de rites et de coutumes  qui nous paraissent tout simplement incroyables dans l’enceinte de la République Française. Citons par exemple les rites funéraires qui sont extrêmement bien documentés dans le livre ou encore les croyances sur la sorcellerie qui explique encore de nombreux évènements inattendus de la vie quotidienne (maladie, etc.). Malgré un déplacement de population vieux de plusieurs siècles, les noirs-marrons ont su faire perdurer leur culture d’origine africaine.

Où l’on découvre avec fascination la culture noire-marron

Nous apprenons également que derrière la terminologie réductrice de « noirs-marrons », se cache, en fait, une diversité culturelle et « ethnique » très grande dont l’harmonie, malgré une Histoire de rébellion commune, ne va pas de soi : n’djuka, aluku (ou Boni, du nom d’un chef noirs-marron), saramaka et paramaca constituent les principaux peuples de descendants de ces esclaves résistants. L’explication de cette mésentente réside peut-être dans le fait historique que les alukus, dans leur lutte pour leur liberté, ont du à la fois affronter l’armée coloniale hollandaise et les autres marrons (n’djukas et Saramakas), qui avaient alors déjà signé vers 1760, avec les colons, des traités garantissant leur indépendance mais leur imposant de combattre les futurs marrons?

Les conditions de vie sur le fleuve sont également bien décrites, et, encore une fois, on a bien du mal à s’imaginer en France. Au regard de l’isolement des villages, les habitants font face à des problématiques quotidiennes qui nous semblent bien loin de notre propres préoccupations: accès à l’eau potable, à l’électricité, aux soins, à l’enseignement, etc. La plupart des habitants du fleuve vivent encore de la chasse, de la pêche et de cultures agricoles sur abattis.

Ce n’est qu’au deux-tiers du livre que l’on comprend, avec effroi, l’origine de son titre « les hamacs de carton » (dossiers administratifs de demande de nationalité suspendus dans les armoires des administrations). Une autre thématique s’immisce alors dans l’intrigue, celle de la nationalité de ces peuples du Maroni, dont on oublie trop souvent qu’il est une frontière administrative entre deux pays: la France et le Suriname. La plupart de ces habitants du fleuve sont nés sans état civil (trop isolés des mairies ou ne voyant pas l’intérêt de le faire) et quand, par hasard, un des leurs souhaitent faire des études ou tout simplement voir du pays, ils se retrouvent « coincés » dans leur terre natale, perdent toute liberté de circulation, qui est pourtant là leur sur le fleuve ou en forêt. La suspicion d’être surinamais est trop grande pour l’administration française, qui ne délivre qu’avec parcimonie des « papiers français ». Et c’est bien là le nouveau combat de ces « marrons »: se battre pour leur identité française.

 

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