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Enfin un musée sur le bagne à Saint-Laurent !

Nouveau lieu commémoratif sur le bagne à Saint-Laurent

Lors de notre séjour à Saint-Laurent pour le week-end de Pâques, nous avons eu l’agréable surprise de découvrir l’ouverture d’un nouveau musée – dénommé le CIAP (Centre d’Interprétation de l’Architecture et du patrimoine) –  à l’intérieur du camp de la transportation. Plusieurs bâtiments du camp ont été réhabilités pour accueillir diverses thématiques d’exposition : la salle anthropométrique et la cuisine pour l’histoire du bagne, des « cases » (dortoir des bagnards) pour l’histoire de la ville de Saint-Laurent et, notre mention spéciale, la ville racontée par des Saint-laurentins. D’autres cases sont en cours de réhabilitation qui accueilleront d’autres expositions liées au bagne.

Le lieu mérite vraiment qu’on lui accorde quelques heures car, il faut l’avouer, la Guyane manquait cruellement de lieu commémoratif sur le bagne, qui a pourtant façonné profondément son identité et son territoire. D’ailleurs, la couverture pénitentiaire est bien plus importante que Saint-Laurent ou les îles du Salut, aujourd’hui seuls « vestiges » connus et à peu près bien conservés du bagne guyanais.

A ce titre, il faut souligner le mérite de Saint-Laurent d’avoir conservé, volontairement, son patrimoine architectural lié au bagne. Même si, il faut en convenir, la seule visite du camp de la transportation organisée par les guides de l’office de tourisme de la Ville laissait vraiment à désirer… Ce faisant, elle avait tout de même agi à contre-courant de nombreuses autres Municipalités de Guyane.

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A l’intérieur du camp de la transportation

L’histoire du bagne tombé dans les oubliettes

En arrivant dans le département, nous avons trouvé surprenant de constater combien il restait peu de traces du bagne dans les communes du territoire, alors qu’en France la Guyane est principalement connue pour avoir été une terre d’expiation. Dans l’échelle des valeurs, la devise tropicale « laisser la nature reprendre ses droits » était sans doute loin au –dessus du devoir de mémoire qu’auraient pourtant mérité les pauvres bougres envoyés en exil dans un territoire hostile du fait de leur « indésirabilité » par la société de l’époque. A l’image des habitations pendant l’esclavage, les bagnes de la Guyane sont tombés dans les oubliettes de la mémoire collective.

La tendance est peut-être en train de s’inverser car, en plus de ce nouveau musée à Saint-Laurent ouvert en octobre 2014, le bagne des Annamites de Montsinéry a récemment fait l’objet d’une valorisation patrimoniale, grâce, en partie, à un appel à contribution financière des citoyens.

C’est l’actuel Maire de Saint-Laurent, petit-fils de bagnard, qui est à l’origine du tourisme de mémoire de la Ville, dont le développement a été étroitement lié au bagne. A partir, de 1857, la Ville devient, en effet, capitale du bagne. Tous les services centraux de l’administration pénitentiaire s’installent à Saint-Laurent. Elle devient même « commune pénitentiaire », autonome juridiquement par rapport au chef-lieu de la colonie, Cayenne.

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Enfin un musée digne de ce nom!

Un vocabulaire pénitencier recouvrant des situations individuelles diverses

Nous n’allons pas dérouler ici l’Histoire du bagne de Guyane, qui mérite bien plus qu’un petit article dans notre blog, mais, voici les choses surprenantes que nous avons apprises en visitant ce musée :

Le vocabulaire pénitencier, d’abord, le mot bagnard recouvre en fait de nombreuses situations administratives, qu’il convient de maîtriser pour comprendre les conditions de vie des exilés :

Les déportés concernent les délits politiques, dont le plus célèbre des prisonniers était Dreyfus.

Les transportés concernent des délits pénaux, les plus graves car assortis d’une peine de travaux forcés « à perpétuité » ou « à temps ». Ces bagnards étaient en grande majorité enfermés au camp de la transportation de Saint-Laurent.

Les relégués concernent les multirécidivistes ayant déjà purgé leur peine en France mais dont un internement perpétuel en Guyane est prononcé après un ultime délit. Ils n’étaient pas logés dans les mêmes camps que les transportés. A l’origine, ils auraient dû être libres d’agir en Guyane, mais la gestion de leur implantation en Guyane par l’Administration Pénitentiaire (la « Tentiaire ») a complètement modifié l’esprit de la loi.

Et, enfin, les libérés sont les bagnards qui ont purgé leurs peines de travaux forcés mais qui n’ont plus le droit de revenir en France. Pour les condamnés à plus de 8 ans de travaux forcés, ils étaient assignés à résidence en Guyane pour le restant de leur vie. Pour ceux qui purgeaient une peine de moins de 8 ans, alors, ils devaient effectuer un « doublage », soit, rester dans la colonie un temps égal à la durée de leur condamnation. Les frais de retour en France étant à la charge des libérés, cela limitait sensiblement les possibilités de rentrer. Les conditions de vie étaient tellement durs pour les « libérés » que les « perpet » (bagnards condamnés à la perpétuité), étaient, eux, considérés comme des chanceux…

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Intérieur d’une case

Le peuplement de la Guyane grâce au bagne

Les relégués et les libérés étaient les deux catégories de personnes qui devaient répondre à l’objectif de peuplement de la Guyane. Malheureusement, elles n’ont jamais pu s’intégrer à la société de l’époque. De toute façon, il n’y avait pas suffisamment de travail pour tout le monde et les libérés subissaient la concurrence déloyale des « transportés ». Pas étonnant que les bagnes de Guyane étaient surnommés la « guillotine sèche ».

Après la fermeture du bagne – au début des années 50, l’Etat a vendu le camp de la transportation à un entrepreneur qui a loué les cases telles quelles à des familles déshéritées qui y survivaient tant bien que mal. Sans eau potable, ni électricité, ces familles avaient pourtant réussi à créer des conditions de vie conviviales, si l’on s’en réfère aux témoignages recueillis au musée. Ce n’est que dans les années 80 que le camp est racheté par la Ville de Saint-Laurent qui se lance dans des travaux de réhabilitation, toujours en cours aujourd’hui.

De multiples projets de réhabilitation ont été étudiés, comme, le plus farfelu, l’installation d’un « Club Med », à l’intérieur du camp. Malheureusement, il n’a pas vu le jour, on aurait eu notre « alcatraz » à la française !

Informations pratiques:

Le musée est ouvert toute l’année.

Du mardi au samedi
9:00 – 12:00 /  14:30 – 17:30

Dimanche matin
9:00 – 12:00

Le tarif d’entrée est de 8 euros, coût un peu élevé, mais, nous avons pu nous y rendre le samedi après-midi et le dimanche matin en ne payant qu’un seul billet.

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