A la croisée des chemins

Le blog de notre tour du monde et de notre vie en Guyane

Récit de notre première nuit en « carbet »

Afin de ne pas se lever trop tôt pour nous rendre dans les marais de Kaw (le rendez-vous avec notre bateau était fixé à 9h30 et il faut compter 2h de voiture pour rouler tranquillement depuis Cayenne), nous avons décidé de passer la nuit « en forêt » la veille, pour reprendre l’expression d’une petite cayennaise rencontrée sur place.

Entre l’hôtel et le carbet-bâche, le « camp » en forêt

En fait, nous avons juste dormi dans un « camp » en bordure de forêt. Ce « camp » se compose des traditionnels carbets où les personnes dorment en hamac dans une grande pièce ouverte sur l’extérieur et uniquement protégé par un toit en tôle ainsi que par une immense maison tout en bois qui abrite le restaurant, le salon, les commodités communes au rez-de-chaussée et les chambres à l’étage. De façon à profiter de la ventilation naturelle, les chambres sont sans fenêtre mais avec moustiquaire, pour éviter toute intrusion d’insectes et autre faune non désirés. C’est un vrai bonheur que de pouvoir dormir sans climatisation, et avoir même besoin d’un petit drap pour se protéger de la fraîcheur de la nuit en forêt !

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Carbet en lisière de forêt

Nous sommes évidemment bien loin du « carbet-bâche », qui se résume à attacher son hamac entre deux arbres avec une bâche pour se protéger de la pluie, en somme, du camping sauvage en mode « forêt amazonienne » ! Cependant, l’expérience reste enrichissante et le concert sonore qui nous a accompagnés pendant tout notre séjour donne un bon aperçu de l’ambiance en forêt.

Les bruits de la forêt sont à la fois angoissants – la plupart du temps, les émetteurs des sons nous sont invisibles – et apaisants – l’impression d’un bruit de fond répétitif et lent. Le chant du papayo reste évidemment le meilleur souvenir ainsi que l’emblème de la forêt amazonienne. Cet oiseau vit uniquement en forêt profonde. On le surnomme le « gendarme » car il chante souvent en réponse à un bruit de la forêt. Nous ne savons pas du tout à quoi il ressemble, mais son puissant chant ne manque pas de nous émerveiller à chaque fois !

En forêt, le temps s’arrête

En forêt, on a toujours l’impression d’être hors du temps. Il pourrait se passer n’importe quoi dans le monde, les mêmes arbres, les mêmes bruits de fond, les mêmes rituels de la faune et la flore perdureraient de façons immuables. Minute après minute, seconde après seconde, le temps s’écoule tranquillement, sereinement, immanquablement, à l’abri de tout le stress que la vie urbaine peut apporter. Contre toute attente, la proximité de la forêt donne un cadre plutôt rassurant aux citadins que nous sommes.

Evidemment, c’est une autre histoire quand il s’agit de s’engouffrer dans l’épaisseur de la forêt tropicale… Autour du camp, des petits layons (sentiers) permettent de se promener « facilement », c’est-à-dire sans machette, dans les sous-bois.

La sensation d’étouffer est alors prenante. D’une part, le fort taux d’humidité nous fait immédiatement suer à grosse goutte. D’autre part, le manque de visibilité a tendance à nous rendre quelque peu claustrophobe. La hauteur et l’épaisseur de la canopée nous cachent complètement le ciel tandis que la densité des arbres nous prive de tout horizon. Le manque de luminosité qui en résulte appelle d’ailleurs à la plus grande prudence sur la gestion de son temps en forêt. Il y fait nuit très tôt, et même en pleine journée, il suffit qu’un simple nuage obscurcisse un instant le ciel pour qu’il fasse brutalement très sombre.

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Le clou du sentier de randonnée!

Ne pas avoir peur des mygales

A cela s’ajoutent de multiples petits faits « amusants », à savoir qu’on ne peut rien toucher en forêt, alors qu’il est très pratique, au contraire, de s’appuyer sur un tronc d’arbre pour enjamber un obstacle ou encore qu’il ne faut absolument pas s’éloigner du sentier (qui fait à peine 50 cm de largeur), alors qu’un chablis (arbre déraciné) nous oblige justement à faire un écart… Ne pas crier quand une mygale se met à courir entre nos pieds alors qu’on ne l’avait absolument pas vu (quand bien même nous scrutons chaque centimètre carré autour de nos pieds pour ne pas faire de « mauvaises rencontres »), ne pas s’inquiéter (mais ne pas s’arrêter non plus) lorsqu’on entend les fourrés s’agiter sur les côtés à notre passage…

Heureusement, après l’effort, le réconfort ! Le layon que nous avons emprunté nous a fait suivre un petit cours d’eau qui débouche sur une jolie cascade. Juste le temps de se rafraîchir, et il faut déjà repartir car il se fait tard.

En l’absence d’éclairage public, la nuit tombe extrêmement vite en forêt. Commence alors d’autres concerts sonores, d’autres expériences d’observation, comme, par exemple, le scintillement des lucioles, le ballet des chauves-souris, ou encore, tout simplement, le spectacle du ciel étoilé. Toute la nuit, nous aurons été à l’affut des célèbres cris des singes hurleurs, mais la fatigue ayant eu raison de notre enthousiasme, au petit matin, nous nous sommes réveillés avec les premières lueurs du jour sans que notre souhait n’ait été comblé. Qu’à cela ne tienne, voilà une bonne excuse pour renouveler cette magnifique expérience en forêt !