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Les journées des peuples autochtones en Guyane

indiens-repos-guyaneLes journées de peuples autochtones qui se sont déroulées à Cayenne les 10 et 11 août 2013, pour leur 3ème édition, constituent un événement des plus original pour le « métro » fraîchement débarqué de Paris. Si les retombées politiques pour les peuples amérindiens nous ont quelque peu échappé, ces journées ont le mérite de valoriser la culture, les modes de vie, et l’artisanat des peuples premiers de Guyane. Malgré le pêché de folklore que tout événement de ce type entraîne, il n’empêche que pendant quelques jours, les peuples autochtones sont à l’honneur, ce qui est plutôt positif au sein d’un territoire où l’on imagine facilement les discriminations que peuvent encore subir au quotidien ces populations, d’ailleurs plutôt absente de notre environnement immédiat.

Pour nous, elles furent l’occasion de prendre connaissance de la richesse des cultures amérindiennes en Guyane. Et c’est avec beaucoup d’assiduité que nous avons été les spectateurs des nombreux événements proposés dans le cadre de ces journées.

Tout d’abord, la définition des peuples autochtones n’est pas chose aisée en Guyane, car, si le réflexe est immédiatement de se tourner vers les cultures amérindiennes, d’autres populations revendiquent le statut de peuples premiers de Guyane. Il s’agit des bushinengues, célèbres esclaves fugitifs du Surinam qui ont élu domicile sur les rives du Maroni et ont développé des langues et cultures complètement différentes des peuples créoles du littoral. C’est certainement aussi parce qu’ils ont perdu tout lien avec leur continent d’origine, qu’il leur est aussi vital d’être considéré comme « peuples autochtones ».

indiens-podium-guyaneQuant aux amérindiens, nous avons appris qu’il y avait différents peuples, langues et territoire de peuplement. Ce qui reste « fascinant » dans l’analyse des aires géographiques de peuplement des amérindiens est comme toujours l’incohérence entre le territoire administratif et politique et le territoire des hommes. Aussi, les luttes pour les droits des amérindiens se veulent de plus en plus intégrées aux problématiques du sous-continent sud-américain. Et les amérindiens de Guyane ont bien compris leur intérêt de tisser des liens avec leurs confrères du plateau des Guyanes. Même s’il n’est pas facile pour les indiens guyanais de trouver leur place parmi leur communauté internationale du fait de la permanence de leur statut de « colonisé ».

indiens-guyaneA l’occasion de ces journées, des villages entiers se déplacent à Cayenne, la ville capitale. Ce qui fait que pendant un temps, certes relativement court, on réalise vraiment que la Guyane est située dans le sous-continent d’Amérique du Sud. Le soir, face aux spectacles des danses traditionnelles, tout en s’extrayant du décor de la place des palmistes, on se prendrait presque pour un Claude Levis-Strauss en herbe… Ce qui étonne, c’est que notre ignorance des cultures amérindiennes semble être partagés par la plupart des cayennais purs souches, ce qui montre ô combien l’identité guyanaise s’est forgée certainement bien loin de ses racines amérindiennes. Le présentateur de ces soirées ne cesse de nous répéter combien nous avons de la chance d’assister à ces représentations, qui sont normalement exécutées dans l’intimité des villages perdus aux fins fonds de la forêt amazonienne, dans la fameuse « zone interdite ». Il y a même plusieurs chaînes de TV présentes, dont on imagine facilement venter la diversité culturelle de la France par-delà ses frontières, alors même que le français « lambda » (que nous sommes) ne connaissons absolument rien de la France d’Outre-Mer. Bref, bon an mal an, l’ambiance reste festive, et aucune tension ne se fait ressentir dans les rangs des différents acteurs en présence.

indiens-danse-guyaneOutre l’aspect festif, ces journées sont aussi l’occasion de rappeler les problématiques rencontrées par les amérindiens. Elles ont d’ailleurs été survolées à l’occasion de conférences organisées à la chambre de commerce et d’industrie. Nous aurons alors découvert combien le tissu associatif amérindien était riche et varié, et combien leurs représentants ont une connaissance fine des rouages de l’administration française, qui doit pas mal aider, tant les revendications, légitimes, sont nombreuses et variées. La première conférence portait sur l’enseignement des langues amérindiennes, et la velléité déjà ancienne que le système éducatif propose des heures d’enseignement en langue amérindienne, comme cela est déjà le cas pour le créole. Des expériences existent, mais trop peu nombreuses malheureusement et il n’y a pas que le ministère de l’éducation nationale à blâmer de cet état de fait, l’accès aux études supérieures des jeunes amérindiens demeurent une problématique des plus complexes à gérer et empêche le développement de cet enseignement. Certains représentants amérindiens incriminent aussi le cercle familial qui doit, selon certains, être le premier vecteur de transmission culturelle. Quelle tristesse d’assister au déclin de langues dites « régionales » sans que l’engrenage fatal ne puisse être enrayé. De nombreuses initiatives privées existent cependant (dictionnaire amérindien, etc.). L’histoire semble donc se répéter irrémédiablement (que reste-t-il des langue régionales de métropole?). De l’enseignement des langues maternelles, le débat a dérivé sur l‘accès à la formation des jeunes amérindiens. Quel dilemme pour ces jeunes enfants ! L’accès à l’éducation signifie souvent de début de leur déculturation. On est d’ailleurs incapables d’imaginer le choc culturel que doivent ressentir ses enfants en débarquant sur les communes du littoral depuis leurs villages du centre de la Guyane. Encore une fois, l’accompagnement humain est pratiquement inexistant même si des structures d’hébergement existent. Ce faisant, c’est aussi signer la fin de ces villages amazoniens, car est-il vraiment envisageable de revenir après l’expérience de la ville ?

indiens-enfants-guyaneAu fil des débats et conférence, il faut se rendre à l’évidence : il ne semble pas franchement y avoir de note d’espoir pour l’avenir de ces amérindiens de Guyane, le thème de clôture de ce cycle de conférence portait sur le suicide des jeunes amérindiens, fléau ancien mais qui semble s’amplifier dernièrement. La conférence s’est ouverte sur le dernier suicide en date : un jeune amérindien de 13 ans ayant mis fin à ses jours avec une arme à feu… Bien que l’on puisse souligner le courage des organisateurs de cette conférence, le thème du suicide étant dans la plupart des sociétés humaines tabou, les causes profondes de ce mal-être générationnel et culturel n’ont été que peu abordés par les intervenants, se cantonnant plus aux solutions d’accompagnement de proximité mises en place (écoute, cellule psychologique, etc.).

Ces journées, bien que très enrichissantes, ne sont évidemment qu’une mince introduction à tout un pan de civilisation qu’il nous reste encore à découvrir pendant qu’il en est encore temps…

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