Retour en terre connue

Cet article raconte notre voyage de retour à Paris depuis Saint-Petersbourg qui aura duré plus d’une semaine avec comme escale Vilnius, Varsovie, Bruxelles et enfin Paris

Cet article raconte notre voyage de retour à Paris depuis Saint-Pétersbourg qui aura duré plus d’une semaine avec comme escale Vilnius, Varsovie, Bruxelles et enfin Paris.

Gare de Saint-Petersbourg

Gare de Saint-Petersbourg

Notre épisode russe s’est achevé comme il se doit: en train. Vous l’aurez compris le train fut le leitmotiv de notre séjour russe, nous avons donc choisi de passer la frontière entre la Russie et la Lituanie en train, qui plus est de nuit.

Il y a quelque chose de surréaliste de se faire vérifier ses papiers à 3 heures du matin allongé dans sa couchette, sous une couette confortable et en pyjama. Ce qui est moins drôle, c’est qu’il faille s’en extraire pour déballer aux yeux de tous le contenu de son sac sous le regard sévère des douaniers. Nous ne faisions pas nos fiers, apeurés que nous étions de ne pas avoir respecté une quelconque formalité administrative qui nous aurait fait débarquer en pleine nuit à nouveau en territoire russe.

Mais rien de tout cela ne se réalisa et à l’inverse, c’est aux confins de l’Europe de l’Est que nous avons réalisé que nous étions rentrés, que nous étions chez nous. Un miracle venait de se produire: on ne nous avait pas tamponné notre passeport, ni feuilleté avec un regard inquisiteur toutes ses pages. Nous avions soudain envie de crier “vive l’Union Européenne, vive l’abolition des frontières, vive la libre circulation des êtres humains”. Home sweet home!

Vilnius

Les regards endormis de nos voisins de couchette ainsi que la soudaine extinction des feux dans le wagon nous ramena à des réalités plus terre à terre: nous étions encore en pleine nuit et nous méritions bien encore quelques heures de sommeil.

Notre joie ne nous avait cependant pas quitté au réveil, et elle se conforta avec le spectacle de verdure qui s’offrait à nous : toute la grisaille, la laideur et le sentiment d’abandon que nous avions expérimenté à observer la plaine sibérienne avaient cédé leur place au portrait bucolique de la campagne: ses vertes prairies, ses forets touffues, ses champs débordant de culture, ses maisons de bois charmantes. Mine de rien, nous avions franchi un cap au niveau du climat: le printemps et son lot de renouveau était bien installé dans cette partie-là de l’Europe.

A la sortie du train, à Vilnius, nous sommes émerveillés par notre capacité à comprendre les panneaux, nous avions retrouvé notre don de la lecture et avions alors envie de nous arrêter devant les moindres écriteaux! Nous nous étonnons de cet effort fait à tout traduire en anglais. Puis au guichet de train, nous pouvons enfin abandonner le piètre langage des signes que nous avions inventé pour communiquer en Russie: quel soulagement!

Grande place de Varsovie

Grande place de Varsovie

Nous resterons deux jours dans la capitale lituanienne, à sillonner les rues de la vieille ville, à nous émerveiller de sa richesse architecturale et de la profusion de verdure dans son enceinte ainsi qu’immédiatement à ses portes. Puis nous embarquons pour une nouvelle journée de voyage en train pour Varsovie, que nous savourons d’autant plus qu’elle constitue une des dernières de notre tour du monde.

Dans le train, notre rencontre avec une professeure d’espagnol nous renvoie à la réalité de notre “vieux continent”: la crise économique. Cette jeune femme, détachée d’Espagne dans une université lituanienne dans le cadre de “l’hispanophonie”, venait d’apprendre la veille que sa rémunération espagnole était tout simplement supprimée, du jour au lendemain. La partie de sa rémunération financée par l’université lituanienne ne lui permettant pas de vivre, elle s’accordait quelques jours de réflexion sur son avenir à Varsovie.

Centre d'affaires en construction

Centre d’affaires en construction

Varsovie, un havre de prospérité économique dans la morosité économique européenne ambiante. L’espagnole avait bien choisie sa destination pour se regonfler d’espoir! Sur fond de ville martyre, en lien aux multiples insurrections de ses habitants pendant l’occupation allemande de la seconde guerre mondiale, de ville détruite, en réponse allemande à la résistance nationale, et enfin de ville-satellite, pendant la période soviétique, la ville a su renaitre de ses multiples cendres et tient aujourd’hui parfaitement son rôle de capitale politique et économique de Pologne. Alors que le printemps avait du mal à s’installer en Europe de l’Ouest, nous avons joui d’un climat de canicule pendant nos trois jours dans cette ville. Dernier week-end aussi de tour du monde, forcément un peu de nostalgie, et dernière opportunité de passer un week-end pas cher dans une des villes les plus dynamiques d’Europe.

Dernière nuit de train entre Varsovie et Cologne, le sommeil ne vient pas et ce n’est pas par manque de confort, chacun dans notre couchette, nous prenons la mesure de ce que nous allons perdre et de ce qui nous attend. De Cologne, nous ne connaitrons que la gare, un samedi matin à l’aube et son spectacle étonnant des jeunes allemands “en after”, saouls et avachis, un peu partout dans le hall de gare. Puis, la vitesse du Thalys nous attrape en quai pour nous déposer en à peine deux heures de temps, un clin d’oeil en comparaison à nos indénombrables heures de train ces derniers mois, à Bruxelles, où nous sommes chaleureusement accueillis par des amis qui vivent là-bas.

Les retrouvailles avec Musette

Les retrouvailles avec Musette

Deux jours plus tard, notre “attrainissage » (arrivée en train?) en France se fait en douceur, grâce à ce lent retour et peut-être aussi grâce à l’Union Européenne, à travers laquelle se construisent des repères communs dans chacun de ses Etats-membres. Nous avions choisi d’arriver par notre point de départ, 477 jours auparavant : la gare du Nord. La boucle était bouclée…

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