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Les paysages du transsibérien: Irkoutsk – Moscou

Quelque part entre Irkoutsk et Moscou

Quelque part entre Irkoutsk et Moscou

Après avoir brossé à grand trait l’ambiance entre les passagers qui règne dans le transsibérien dans le précédent article, les paysages constituent aussi l’attrait de cette ligne de chemin de fer mythique.

A la différence du TGV, nous avons le temps de connaitre chaque bouleau qui compose la forêt

Pendant nos longues heures de voyage, nous nous occupons en restant le nez collé aux vitres pour admirer le paysage. Quelle joie que de pouvoir détailler le paysage du premier plan sans avoir le tournis! La lenteur du train nous permet de tout scruter à loisir: de l’infini taïga aux villages de maisons de bois. Au bout de quelques heures, j’ai acquis la conviction que le paysage qui défile sous nos yeux est tout sauf monotone. Au cours de ces innombrables heures, j’aurai aussi appris à distinguer l’individualité de chacun des bouleaux composant la taïga russe. J’ai l’impression d’avoir devant mes yeux une allégorie de l’humanité: derrière une apparente uniformité, chacun d’entre nous conserve sa propre personnalité!

Une des nombreuses forêts rencontrées en chemin

Une des nombreuses forêts rencontrées en chemin

Sur les 5000 kilomètres qui nous séparent de Moscou, depuis la profonde Sibérie, nous aurons découvert avec étonnement le trait d’union entre la Russie d’Europe et celle du “far east”: la forêt de bouleau! Quelle différence avec notre petit pays, la France, dont les 1000 km qui séparent le Nord du Sud offrent des contrastes bien marqués. La seule alternative à la taïga: les tourbières, dont la couleur noire n’a pas été atténuée par la rigueur de l’hiver glacé sibérien. Il n’empêche que je ne m’en lasse pas et me voilà à rêver d’admirer ce paysage à toutes les saisons de l’année. Finalement ce n’est pas la distance qui est vecteur de diversité ici mais le climat! On imagine les couleurs verdoyantes de l’été, celles rougeoyantes de l’automne ou encore la chape de blanc qui doit s’étendre l’hiver venu. En cette période « bâtarde » de dégel entre hiver et printemps, la nature n’a pas encore repris toutes ses couleurs et les dominantes sont plutôt dans les jaunes.

Un village perdu dans la brume

Un village perdu dans la brume

A quoi peut bien ressembler la vie dans ces villages en plein coeur de l’hiver?

Quant aux villages sibériens, nous ne pouvons nous empêcher de les voir isolés et abandonnés, mais nous avons certainement tort. Leur proximité avec la ligne de chemin de fer les rend d’une “relative” accessibilité. Et que dire alors de tous ces villages disséminés dans l’immensité du territoire russe – qui soit dit au passage représente 31 fois celui de la France – et qui n’ont pas la chance de croiser les infrastructures ferroviaires? Cependant, ces villages ne sont que traversés par le train, les arrêts se font dans les grandes villes industrielles et minières de Sibérie. Les rares fois où le train stationne dans une petite gare, c’est alors toute l’économie du village qui est tournée vers le train: on y vend le poisson séché, les préparations culinaires des “babouchkas” (grand-mère russe) ou l’artisanat local (paniers tressés, dentelles…). D’autres fouillent les poubelles des passagers abandonnées par les provodnistas sur le bord du quai. Cette période de dégel n’aide décidément pas à nous ôter de la tête leur caractère désolé: entre boue et blocs de neige glacés, leurs rares habitants pataugent en bottes, emmitouflés dans leurs habits d’hiver usés. Comment, dans ces décors de nature si hostile, des hommes peuvent-ils puiser l’énergie nécessaire pour vivre malgré tout? A quoi peut bien ressembler la vie de ces villages en plein coeur de l’hiver, quand le thermomètre atteint sans difficulté les  moins 20C et que les jours ne durent que quelques heures? Comment, le peuplement humain a-t-il pu s’égarer en pareille contrée? Est-ce par exil forcé imposé par la Russie impériale ou par les bolcheviks? Est-ce parce que les territoires précédents avaient été usés jusqu’à la moelle que l’on n’avait pas laissé le choix aux générations futures que d’émigrer?

L’abondance du bois dans la région a suscité bien des talents de menuisiers, les maisons (les “isbas”) sont des chefs d’œuvre architecturaux: les volets sont travaillés, les façades des maisons sont dentelées et comme marque de volonté des habitants à lutter contre la rudesse des hivers sibériens: le bois est coloré.

Le voyage nous est  apparu à la fois interminable et négligeable

Une gare

Une gare…

Au final, nous aurons passé 3 jours et 4 nuits dans ce train. Cette durée nous est apparue à la fois interminable et négligeable. Interminable, car le temps s’écoule aussi lentement que la vitesse du train. Interminable, car sur 5000 km les mêmes paysages de taïga défilent devant nos yeux avec l’impression d’un “déjà-vu” en perpétuel recommencement. Interminable, car il vient un moment où nous perdons tout simplement la notion du temps: nous ne savons plus l’heure qu’il est, il faut réapprendre à nous guider à la lumière du soleil. La faute à cette heure de Moscou qui vient perturber l’écoulement du temps. Nous vivons à l’heure de Moscou à plus de 4 fuseaux horaires de la capitale (entre Irkoutsk et Moscou)! Très vite, il nous faut jeter la montre et accepter cette faille atemporelle, nous en délecter et la savourer autant que le luxe du caviar d’esturgeon…

Négligeable, car à la gare de Moscou, nous nous jetterons sur internet comme si nous avions été coupé du monde pendant de longs mois, alors que rien d’important ne s’était déroulé pendant notre absence… Négligeable, car de cette expérience, nous ne garderons évidemment pas le souvenir de l’ennui, qui nous a pourtant accompagné pendant ces 72 heures de train. Négligeable enfin, car, pour nous, le transsibérien était bien plus qu’un moyen de transport mais un voyage en soi. Une expérience à rapprocher de celle de notre voyage en cargo.

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