A la croisée des chemins

Le blog de notre tour du monde et de notre vie en Guyane

Une semaine à Hong Kong

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Central de nuit

Pour obtenir notre visa russe en toute tranquillité, nous avons du passer une semaine à Hong-Kong. En effet, nous avions été avertis de l’impossibilité d’obtenir le visa russe depuis Pékin, via des commentaires sur des forums de voyageurs. Bizarrement, depuis Hong-Kong, il était délivré facilement. Le seul “hic” était le délai de 7 jours ouvrables, qui nous obligeait à séjourner plus longtemps que prévu dans cette cité-état des temps modernes.

Comment décrire cette agglomération “verticale”? Au premier abord, Hong-Kong ressemble à toutes les capitales du monde: quartier d’affaires et tours de verre, centres commerciaux clinquants et marques internationales… Cependant, il y a des tas de petits détails qui la différencient de toutes les autres et qui lui donnent un certain charme… à explorer avec modération cependant!

Jour par jour, nous partageons nos petits étonnements:

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Une ville toute en verticale

Jour 1:

Depuis Katmandou, notre avion atterri dans une couche de nuages bien épaisse. Nous ne connaitrons donc pas Hong-Kong “vu du ciel”! Ses grattes-ciels, nous les découvrirons à hauteur “humaine”…

Ce temps nuageux nous suivra pendant presque tout notre séjour.

Sous la pluie, nous prenons nos marques: des grandes artères de dense circulation bordées de boutiques en tout genre, des néons s’entrechoquant et couvrant les rues verticalement. Nous sommes surpris, il n’y a pas tant de monde que ça. Les trottoirs archi-bondés: un mythe? Vers 18h, au début de la débauche, nous noterons bien la différence… Il faut prendre le rythme du piéton qui nous précède, surtout ne pas se démarquer de la foule!

Le soir, nous nous adonnons à l’activité favorite des hong-kongais: arpenter les multiples marchés de nuit! Plus nos pieds ressentent les heures de “rando urbaine” et plus nous nous étonnons de l’inutilité de toutes les conneries que nous, les êtres humains, sommes capables d’inventer, fabriquer, vendre, acheter et pour finalement… les jeter!

Nous sommes comme aveuglés par les lumières artificielles de la ville. Quel choc par rapport au Népal où la sobriété électrique s’imposait. De nouveau, il n’y a plus de différence entre le jour et la nuit. 

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Brumes nocturnes

Jour 2:

Notre premier break de Hong-Kong: nous partons visiter Macao. Nous emportons avec nous nos gros bagages même s’il nous faut revenir le dimanche soir. L’hôtel où nous sommes, nous facture une jolie somme pour garder en consigne les valises, et ce même si nous nous engageons à y dormir une nuit supplémentaire. Nous découvrons qu’à Hong-Kong, l’espace, bien plus que le temps, c’est de l’argent!

Jour 3:

Après 3 jours pleins à Macao, nous voilà de retour à Hong-Kong!

Dans la file d’attente des services migratoires pour entrer à nouveau dans Hong-Kong, nous discutons avec un chinois (du continent, comme on les appelle ici) qui est curieux de connaitre nos modalités d’entrée sur ce territoire. Non seulement, nous partageons la même file que lui, mais en plus nous sommes largement avantagés: pas de visa et avons le droit à 90 jours de séjour. Alors que pour les chinois du continent, il faut un visa et la durée de séjour ne peut excéder 7 jours! Hum, Hong-Kong a-t-il vraiment été rétrocédé à la Chine en 1997? Passé la surprise (et une certaine amertume), notre chinois se reprend en nous expliquant que tous les chinois du continent viendraient s’installer à Hong-Kong s’il n’y avait pas ces restrictions…

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Encore des tours

Bizarrement, nous n’avons trouvé aucun couchsurfer pour nous héberger à Hong-Kong. Nous en concluons que tout le monde vit plus ou moins entassé dans des apparts petits et pas toujours très sains. Nous sommes  donc obligés à nous plier à l’ambiance “glauque” des hôtels bon marché de Hong-Kong, où se côtoient voyageurs et immigrés économiques en mal de logement. Ghettoïsés dans un seul immeuble, constamment vidéo-surveillé, les “pauvres” ne risquent pas de faire grand mal aux honnêtes citoyens de Hong-Kong.

Nous allons nous consoler sur l’avenue des stars qui offre un point de vue impressionnant sur les tours du quartier d’affaires de l’ile de Hong-Kong, étonnamment éclairées le soir, On se croirait dans une ville du futur! De celle qu’on nous décrivait dans les années 80 quand on imaginait “le monde de l’an 2000”. Mais… une voiture volante au loin, s’écrie Guillaume, aveuglé par son scénario imaginaire. En fait, c’est juste un hélicoptère… qui fait la liaison régulière Macao – Hong-Kong, à seulement une heure en ferry…

Jour 4:

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Tai chi matinal

Nous nous rendons nerveusement au consulat russe de Hong-Kong. Au cœur du quartier d’affaires, il est hébergé dans une immense tour de verre. Débarqué du ferry qui relie le continent à l’île de Hong-Kong, nous marchons une quinzaine de minutes… dans les airs! Grâce au réseau de passerelles piétonnes surélevées, qui relient les immeubles de bureau, nous ne mettrons pas un pied “par terre”. Encore une vision futuriste… piétons et voitures ne se mélangent plus.

Entre temps, nous aurons croisé un groupe d’adeptes du Tai-Chi, composé d’une centaine de personnes. Les mouvements sont extrêmement bien synchronisés. On pouvait presque ressentir le flux d’énergie collectif que dégageait le cours. Il était peut-être dirigé à l’encontre des immeubles du quartiers d’affaires, qui se trouvaient dans sa ligne de mire?

Au consulat, la personne avant nous a une lettre d’invitation de l’hôtel Marriott… Nous avons acheté la notre sur internet, et ne savons même pas qui nous “accueille” en Russie… Nous apprenons qu’il nous faut rester 7 jours pleins … aïe aïe, gros problème de logement en perspective!

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Baie de Hong Kong

Par chance, nous tombons sur un hôtel qui propose des appartements-logement à la semaine… De notre 6 mètres carré à Chungking mansion, nous passons à un appartement de 2 pièces, bien plus grand que notre ancien studio parisien!

Nous ne résistons pas à l’envie de visionner des films de Wong kar Wai: le célèbre réalisateur hong-kongais. A notre grande surprise, ces films ne parlent que d’histoires d’amour… Ce n’est vraiment pas le trait de caractère de Hong-Kong que nous avons le plus perçu depuis que nous sommes arrivés… Après tout, on dit bien que Paris est la ville des amoureux…

Jour 5:

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Il y a du vert à Hong-Kong!

Nous partons à la découverte d’une des iles vertes de Hong-Kong. Hong-Kong est en fait un archipel composé de plusieurs iles. Certaines sont très urbanisées, d’autres moins. A “Lamma island”, il y a des chemins de randonnées qui traversent des forets et des plaines d’herbes. Bref, on voit du vert! Attention, il ne faudrait quand même pas trop effrayer l’urbain: les sentiers de randonnée sont goudronnés!

Nous arrivons dans la ville principale de l’île au moment de la débauche: le ferry débarque alors une véritable marée humaine qui travaille à Central (l’équivalent de la Défense parisienne, en bien plus grand évidemment), à seulement une demi-heure en bateau. Parmi ces migrants pendulaires, il y a une bonne proportion d’expatriés, lassés de la grande ville. On n’a presque plus l’impression d’être en “Chine”, peut-être avons-nous fait un retour en arrière au temps des concessions?

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Façades d’immeubles délabrées

Quant à nous, il est temps de rentrer à Central pour explorer un peu cet amas de tours de verre! Tiens il y a des immeubles d’habitation “cages à lapin” et aux façades décrépies au milieu des tours de bureaux et centres commerciaux rutilants? Cette juxtaposition étrange nous offre facilement l’envers du décor de ce “dragon” asiatique. Derrière un PIB par habitant supérieur au Royaume Uni, se cachent évidemment des inégalités de revenus. Tout le monde ne peut pas se payer un logement dans “un garden” (complexe d’immeubles d’habitation) chic au sortir de “Victoria peak” (le plus haut point du quartier d’affaires sur l’ile de Hong-Kong). Au mieux, il faudra se contenter d’un petit logement dans une tour décrépie, au pire, ce sera les “maisons cages”. Ce sont des lits, dans un dortoir, loués au mois et qui sont entourés de grilles pour protéger les effets personnels des locataires. Officiellement, il n’y aurait plus qu’une centaine de lits-cages loués à Hong-Kong…

Jour 6:

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Plage

Au tour de Lantau island de démontrer que Hong-Kong n’est pas qu’une jungle urbaine. Son paysage est très vallonné et ses collines sont couvertes de forets tropicales. A la plage, un écriteau indique tout ce qu’il est interdit de faire: soit à peu près tout sauf de rester allonger sur le sable. C’est dire le monde qu’il doit y avoir l’été si on ne peut ni jouer aux ballons ni aux raquettes!

Jour 7:

Nous empruntons un tramway qui nous conduit au sommet de “Victoria peak”, haut lieu touristique qui donne une vue imprenable sur les immeubles de Central… quand il fait beau! Pour nous, ce sera une vue bouchée par le brouillard très épais ce jour. Pas de quoi s’ennuyer pour autant! Pas moins de deux centres commerciaux pour ce petit espace… A Rio, les brésiliens avaient choisi d’ériger la statue du Christ sur leur plus haute colline… A Hong-Kong, on préfère vénérer le matérialisme !

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Chiens en poussette

Nous partageons une balade autour de la colline avec des philippines qui promènent les chiens de leurs employeurs… en poussette! Sous les regards attendris de quelques hong-kongais amoureux des animaux domestiques.

Jour 8:

Seul jour de beau temps de la semaine! Il passe évidemment inaperçu dans les rues encaissées de Hong-Kong… Nous passons la journée dans les marchés de la ville et découvrons la passion de ces citadins solitaires pour les animaux domestiques: poissons rouges, oiseaux, chiens et chats, et évidemment tous les accessoires indispensables pour rendre “heureux” une bête.

Jour 9:

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Poissons rouges à la vente

Comme tout le monde, nous profitons du week-end pour sortir de la ville! Le ferry qui nous conduit à Cheng Chau est blindé! Une petite fille nous observe avec étonnement. Ses parents l’empresse de nous montrer ses talents linguistiques: à 6 ans, la petite est initiée à pas moins de 4 langues étrangères! Sans compter le mandarin et le cantonnais qu’elle doit parler couramment… La compétition pour un “bon travail” commence très tôt.

Alors que nous pensions débarquer sur une petite ile, tranquille et “rurale”, Cheng Chau est en fait une réplique de Central en miniature. Le front de mer est autant urbanisé et mercantile, mais les immeubles sont moins hauts. Heureusement, nous accédons rapidement aux sentiers de randonnée qui nous permettent de faire le tour de l’île et de découvrir de jolis coins “nature”. Avec étonnement, ces sentiers sont déserts alors que 5 minutes auparavant, les rues commerçantes étaient bondées…

Jour 10:

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Aides à domicile en repos

Il se passe quelque chose d’étrange à Central : des groupes de femmes squattent les ponts piétons, les espaces verts, les esplanades, les trottoirs, bref, le moindre espace public non utilisé! Où sont passés les “costumes-cravates pressés” de la semaine?  Il s’agit, en fait, de femmes de ménage, qui, pendant que “Madame, Monsieur” se promènent dans les iles “vertes” le dimanche, envahissent le lieu de travail quotidien de leurs patrons. C’est leur seule journée de congé de la semaine… malheureusement, n’ayant pas de logement à soi, elles sont obligées de la passer dehors. Cela ne semble pas vraiment les déranger! Certaines dorment sur un bout de carton, d’autres se coiffent, se font les ongles, téléphonent à leur famille via internet, ou jouent aux cartes, et même au bingo! Toutes se gavent des produits de chez elles, achetés sur des stands de vente à emporter, installés dans le coin comme par hasard!  Chaque communauté de migrantes (Philippines et Indonésie en majorité) a élu domicile dans différents quartiers de la ville et ne se mélange pas. 

Pour l’occasion, les artères de circulation sont piétonnes, c’est dire l’ampleur du phénomène.

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Lancer de chaussons

Et… dans le brouhaha (et l’indifférence) de tous ces groupes de femmes, les hong-kongais sans femmes de ménages luttent pour leur droit: des jeunes squattent, dans des tentes, l’entrée d’une banque HSBC, dans la droite ligne des anti-wall-street. Ils distribuent des tracts “free Tibet (Tibet libre)”, ce qui confirme que, décidément, Hong-Kong, ce n’est pas la Chine! D’autres manifestent pour que le prochain gouverneur de Hong-Kong ne soit pas parachuté par Beijing, et que les résultats des votes des citoyens comptent. Ici, on manifeste le week-end et avec un chausson dans la main! Le chausson sert à exprimer son mécontentement, au top départ, tout le monde se met à frapper frénétiquement sur un bout de papier, censé représenter l’objet de la colère… Et, pour éviter toute embrouille avec les autorités sur les chiffres de présence, tout le monde s’enregistre gentiment auprès des organisateurs du rassemblement.

Jour 11:

Nous récupérons notre passeport avec visa russe! Fin de l’épisode “Hong-Kong”.

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