A la croisée des chemins

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Les petits empereurs

Enfant unique

En France, on est soit pour, soit contre, c’est en tout cas un débat qui ne laisse pas indifférent. En Chine, à partir de 1979, la question a été réglé une bonne fois pour toute : ce sera enfant unique pour tout le monde ! Si Mao, le grand timonier, avait plus une vision confucianiste de la question, il pensait que puissance allait de pair avec une forte natalité, Deng Xiaping lui préférait un point de vue malthusien selon lequel les ressources chinoises n’étaient pas suffisantes pour nourrir une trop importante population.

Aujourd’hui la deuxième génération est sur le point de perpétuer cette politique.

Le contrôle des naissances commença dès 1973 avec le wan, xi, chao : se marier tard, espacer les naissances, et limiter le nombre d’enfants avec pour résultat d’avoir fait chuter le taux de natalité. La politique de l’enfant unique fut donc une deuxième étape plus extrême dans le contrôle des naissances. Pour pouvoir prétendre à un enfant, il faut être marié et avoir 22 ans pour l’homme et 20 ans pour la femme. Il est bien sur interdit de connaître le sexe de l’enfant pendant la grossesse (mais quelques billets permettent aux médecins de contourner cette restriction) afin d’éviter une sélection avant la naissance. Les jumeaux sont toutefois autorisés tandis que dans le cas de triplés, c’est l’avortement forcé. La possibilité d’avoir un deuxième enfant existe cependant : il suffit de payer 5000 yuans (grosso modo un an de salaire moyen). Si l’enfant nait hors quotas et que les parents ne paient pas l’amende, il est alors privé de papiers et c’est une vie de clandestinité qui lui est promise. Il n’y a pas de chiffres officiels sur le nombre d’enfants « illégaux » en Chine.

Sa majesté

Des campagnes de rectification des chiffres

Depuis quelques années, la politique de l’enfant unique a été assouplie : les minorités (11% de la population) ne sont pas limités dans le nombre d’enfants, les paysans (56% de la population) si le premier né est une fille peuvent tenter à nouveau leur chance alors que les couples composés d’enfants uniques peuvent en avoir un deuxième. Donc ce contrôle des naissances aurait depuis sa mise en place empêché la naissance de 0,5 milliards d’enfants.

Les résultats du planning familial sont un critère majeur dans la promotion au sein du Parti, les cadres sont ainsi amenés à mener des campagnes de rectifications des chiffres. C’est-à-dire : se livrer à des avortements forcés sur les femmes enceintes de leur deuxième enfant. L’avocat Chen Guangcheng mène le combat contre ces pratiques qui lui a déjà valu quelques années d’emprisonnement et aujourd’hui une assignation à résidence.

Elever une fille, c’est cultiver le champ d’un autre

D’un point de vue sociétal, la politique de l’enfant unique pose aujourd’hui un certain nombre de problème à la société chinoise. D’une part, la Chine voit sa population vieillir avec le non-renouvellement des générations : les plus de 65 ans représenteront 25% de la population en 2050 (contre seulement 8% en 2008). Elle connait aussi un déficit de filles (120 garçons pour 100 filles), la « sagesse » paysanne résume bien la raison de ce déséquilibre : « Elever une fille, c’est cultiver le champ d’un autre » puisque les filles sont amenés à aller vivre chez leurs beaux-parents et ainsi ne pas prendre soin de ses parents. Cette interdiction mène aussi à des cas extrêmes : on parlerait de 30 à 60 000 enlèvements de petits garçons par an tandis que les plus pauvres échangeraient leur garçon contre une fille moyennant finance.

Même si le gouvernement procède à des tests pour assouplir cette politique, le plan quinquennal 2011 – 2015 ne prévoit pas de mettre un terme à cette pratique. Les différents essais accordant le droit de faire un deuxième enfant ne présentent pourtant pas d’explosion démographique comme pourraient le craindre les autorités. Les chinois ne changeraient pas leur conception de la conception et en resteraient à un enfant.

 La Chine est le terrain de jeux des petits empereurs

Son altesse

Alors aujourd’hui, la Chine est le terrain de jeu de l’enfant-roi, des « petits empereurs » comme les surnomment les médias. Nous n’avions jamais vu autant de vendeurs ambulants ou de magasins de jouets. Jusqu’à l’âge de 3 ans, les enfants uniques sont gardés par les grands-parents ou une nounou puisqu’il n’existe aucun système de garde. Dans les parcs, on voit alors des grands-pères et des grands-mères totalement gâteux jouer avec leur petit-enfant. C’est qu’il faut le choyer le petit prince ou la petite princesse car c’est lui/elle qui aura à supporter la retraite de ses parents et de ses grands-parents. Dans un pays où le système de retraite est quasi-inexistant, il supportera financièrement ses ascendants quand ils ne pourront plus travailler. On imagine alors la responsabilité qui pèsent (déjà) sur ses épaules.

Sources :

10 Discussions on
“Les petits empereurs”

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