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La grande muraille de Chine numérique

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S’il est une chose à laquelle nous ne nous attendions pas en arrivant en Chine c’est que la censure chinoise bloquerait notre site. Nous n’avions même pas encore critiqué le régime, que déjà nous étions fichés. En Chine, on ne parle pas de censure mais d’harmonisation. Qu’importe l’euphémisme, il existe une ribambelle de sites que nous avons l’habitude d’utiliser et qui en République Démocratique Chinoise ne sont pas accessibles : facebook, twitter, msn, youtube, vimeo, les blogs wordpress et blogspot, le quotidien Le Monde de temps en temps etc etc… Il y a des sujets qu’il ne vaut mieux pas évoquer sur l’internet chinois au risque d’énerver les censeurs. Au hasard citons donc les thèmes tabous: l’indépendance des Tibétains, Ouighours, ou Taiwanais, les évènements de la place Tiananmen en 1989 et de manière générale tout site critiquant ouvertement le pouvoir en place. Il est toutefois possible de contourner cette grande muraille numérique grâce à des solutions payantes ou gratuites et notamment l’utilisation de proxy. C’est le jeu du chat et de la souris entre les fournisseurs de telles solutions et le gouvernement. Il faut régulièrement mettre à jour le programme ou même en changer en fonction des progrès des censeurs en ce sens. Chez les expats, le plus répandu du temps où nous étions en Chine était Astrill (5USD/mois) et Freegate.

Les Chinois préfèrent donc utiliser des sites « made in China » qui offrent des fonctionnalités très proches de celles des sites interdits. Ainsi Twitter est remplacé par Weibo et MSN par QQ. Même si ces sites n’appartiennent pas à l’état, ils sont sous son contrôle. A la différence d’autres dictatures, celui-ci a bien compris l’intérêt et le rôle des réseaux sociaux dans les récentes révolutions et espère pouvoir garder le contrôle de l’internet chinois. Afin de circonscrire une quelconque volonté de critiquer, il a d’abord interdit l’anonymat sur les réseaux : chaque internaute est dorénavant obligé de s ‘inscrire avec son vrai nom, c’en est fini des pseudonymes. Il est plus facile de retrouver ainsi les penseurs déviants. Récemment, suite à l’éviction de Bo Xilai du comité central du PCC, une mesure d’urgence fut prise dans le but de faire taire la rumeur : les commentaires furent interdits sur l’équivalent de twitter. Pour mémoire, sur Weibo, l’internaute rédige un message en 140 caractères et les autres utilisateurs peuvent y réagir en laissant un commentaire. C’est le phénomène qui donne de l’ampleur à une nouvelle, voire à une rumeur. Interdire les commentaires revient à couper l’herbe sous les pieds de la rumeur et à l’empêcher de se répandre sur le réseau. L’information n’est pas à proprement parlé censurée mais au moins elle ne prends pas l’ampleur, il n’y a pas d’effet boule de neige que peuvent produire de tels réseaux. Cependant, d ‘aucuns affirment que la nouvelle de l’éviction de Bo Xilai est déjà en soi une victoire de la liberté d’expression. Il y a quelques années de cela, les bisbilles internes du parti ne seraient pas apparus en public, Internet a fait progresser la indéniablement l’accès à l’information. Le réseau servirait aussi au gouvernement pour rester en contact avec le peuple puisque faute d’élections ou de consultation, il est le seul moyen pour le pouvoir en place de savoir ce que pense la population. On aurait donc le droit de s’exprimer mais sans pour autant trop critiquer le système. Et il est tout à fait hors de question que l’extérieur soit au courant de la cuisine interne chinoise d’où les restrictions d’accès aux réseaux sociaux occidentaux.

Toute la question est donc de savoir si dans le futur le gouvernement parviendra en endiguer  et à contrôler ce phénomène, l’internet représente sans doute l’un des facteurs de stabilité politique des années à venir.

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