A la croisée des chemins

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Shiva Party

Sadhu

Sadhu

Shiva a beau être un dieu, le dieu le plus puissant du panthéon népalais, il n’empêche que tous les ans il faut lui fêter dignement son anniversaire. La date est facile à retenir: il s’agit de la nouvelle lune du mois népalais de Fagun (février-mars). Les pèlerins affluent alors de tout le Népal et même d’Inde à  Pashupatinah, le principal temple népalais dédié à Shiva. La rivière Bagmati est en ce lieu aussi sacrée que le Gange à Bénarès, et les fidèles s’y baignent , s’y font bruler sur les ghats de crémation quand la dernière heure est venue. Shiva est le dieu protecteur du pays.

15 000 sadhus assurent le spectacle

L’anniversaire de Shiva ou Shivarathri est donc l’occasion d’un rassemblement de dévots (de 400 à 600 000 tout de même) et parmi eux 15 000 sadhus qui assurent le spectacle. Les sadhus sont de sacrés personnages dans tous les sens du terme. Après avoir fait vœux de renoncement à la société, ils arpentent les routes du pays en prêchant et en demandant l’aumône. On les reconnait de loin grâce à leurs vêtements oranges (quand ils en ont), le visage parfois peinturluré, les cheveux en dreadlocks, le corps peut être recouvert de cendres et le trident, l’arme de Shiva au poing. La cendre représente pour les sadhus la mort et la renaissance.

Sadhu en pleine dévotion

Sadhu en pleine dévotion

Méditer sur la tête rallongerait l’espérance de vie

Plonger dans Pashupatinah la veille ou le jour J assure une immersion intégrale dans un film de David Lynch tant le spectacle offert semble une hallucination collective qui oscille entre réalité et onirisme.  Les réalités se superposent, l’illusion entre en contact avec la vie réelle, elles s’entrechoquent puis s’évanouissent. Parmi les pèlerins, on vous interpelle bruyamment afin de vous rappeler d’acquitter vos droits d’entrée dans le temple. Autour de vous, le flot humain ne fait aucun cas de la guitoune et réciproquement. Pourtant, en tant que touriste, vous ne passez pas malgré tout inaperçu. Mais qu’importe, vous découvrez enfin la Bagmati cette rivière sacrée. Sans doute, n’avons nous pas la même définition de sacré puisque le maigre cours d’eau qui coule au milieu du temple a tout d’une décharge à ciel ouvert. Cela importe peu aux fidèles car ils viendront tout de même s’y baigner. Au milieu, assise en tailleur et le corps à demi immergé, une yogui (pratiquante du yoga) médite. Le dépliant distribué nous présente une championne du monde de la méditation qui repousse les limites physiques. N’a-t-elle pas déjà médité plus de 800 heures en se nourrissant seulement de feuilles? Ne lève-t-elle des fonds pour aller méditer sur la tête pendant 12 heures au sommet du Mont Everest? Il parait d’ailleurs que cette position rallonge la durée de vie. Soit, il est bon de le savoir.

Sadhu et cendres

Sadhu et cendres

De la cendre à la cendre

La promenade continue en traversant une passerelle surplombant la Bagmati et donnant un aperçu des ghats de crémation. Le pont nous amène au marché de Noël du sadhu. De part et d’autre de la montée d’escalier, chacun tient son stand. Point de pain d’épice ou de vin chaud mais de la marijuana ou des pipes (shilom). En fumer rapproche de Shiva puisqu’il en était lui même amateur. De jeunes népalais qui ont plus l’air de badauds que de dévots sont venus tenter de communiquer avec le divin. Ils hésitent devant ce qu’on leur présente, s’échangent un coup d’oeil rigolard, un demi-sourire puis arrêtent leur choix. Quelques roupies changent de main et les voilà qui commencent leurs dévotions. Quelques sadhus profitent de leur look extravaguant pour essayer de gratter une petite pièce en se laissant photographier. Les ghats de crémation qui se trouvent au Sud plongent le temple dans une brume permanente. La fumée acre irrite la gorge et pique les yeux. Les relents de chair brulée donnent des hauts-le-coeur quand on sait qu’il s’agit de corps humains. En tout cas, c’est jour d’affluence sur les ghats, comme s’ils avaient attendu ce jour-là pour partir en fumée. Toute l’après-midi sans discontinuer et même jusqu’à tard dans la soirée, les flammes des buchers consumeront les corps. De la cendre à la cendre.

Encore un sadhu

Encore un sadhu

Il doit falloir ruser, se démarquer de la concurrence pour s’attirer les faveurs des généreux donateurs.

Les pèlerins continuent d’arriver, certains dormiront sur place et se cherchent donc un abri. Les plateformes qui leur sont dédiées  sont prises d’assaut et on imagine facilement que les bois environnants se transformeront  rapidement en un vaste terrain de camping pour les quelques jours à venir. « Djembo! » résonne de tous côtés, l’appel des sadhus à fumer avec eux. L’odeur âpre de chair brulée suffoque, s’imprègne dans les vêtements. Sadhus à moitié nu, regards perdus dans le vide ou au contraire terriblement perçants, voire menaçants. Rires des jeunes après leur shilom. En s’écartant dans une petite court, nous pénétrons dans l’antre des sadhus. Corps recouverts de cendres, visages peints. Un seul prie, les autres essaient d’attirer l’attention pour une petite obole. Derrière un temple, une altercation éclate dans un coin sombre. Au fur et à mesure que la lumière faiblit, les regards se font plus hagards. Tout pourrait arriver que rien ne semblerait surprenant. Quelle étrange sensation que de déambuler parmi eux. Ambiance onirique, on flotte, la fumée troublent les contours, plus rien n’est net. Chaque sadhu rivalise avec son voisin: à celui qui aura l’accoutrement le plus original. Il doit falloir ruser, se démarquer de la concurrence pour s’attirer les faveurs des généreux donateurs. Sous son morceau de plastique tendu qui lui sert de tente, l’un d’entre eux exhibe son herbe, les yeux cachés derrière de petites lunettes rondes à la Gandhi qui lui donneraient presque l’air d’un vieux sage. Un autre qui a un peu trop forcé la dose se pisse dessus. Et au milieu, patrouille l’armée dans leur treillis bleu. L’orange, couleur des sadhus, eut été plus appropriée en ce jour. Des kilomètres de dreadlocks, les rastafaris n’ont qu’à bien se tenir. Pendant ce temps, les dévots se pressent au temple de Shiva interdit aux non-hindous. De la porte ouverte, nous n’apercevrons qu’une partie de l’énorme statue en or de Nandi, le taureau sacré, monture du dieu. Ce sera tout ce que nous verrons de ce temple qui fait venir tant de personnes. Et dire qu’il y aura encore plus de monde le lendemain. Certains fidèles devront patienter plus de 10 heures pour pouvoir y pénétrer. Les organisateurs mettent la touche finale: de véritables hangars sont construits pour déposer les chaussures, des mètres de cordes sont déroulés pour guides les pèlerins, des néons criards décorent les alentours. Les lumières donnent un air de parc d’attractions et si ce n’est l’odeur de chair brulée, on s’attendrait presque à voir nos habituels stands de saucisses-merguez.

En partant, une ambulance nous barre la route, des gens sont attroupés autour: un nouveau corps est déchargé pour être brulé…

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