A la croisée des chemins

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Le wwoofing en Inde

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Les hommes au travail

Notre première expérience de wwoofing aura donc eu lieu en Inde, dans le nord du Rajasthan à Hanumangarh Junction. Cette  ville du Rajasthan hors des circuits touristiques ne voit passer que deux trains quotidiens. L’annonce nous paraissait sérieuse et le contact avait été plutôt facile avec celui qui signait d’un énigmatique Capt. S.S. Sran. C’est donc dans la plus totale inconnue que nous avons quitté Delhi et avons débarqué dans la peu connue Hanumangarh Junction (à ne confondre avec Hanumangarh Town, la ville historique distante d’une dizaine de kilomètres) à 2h du matin. A cette heure, le charme de la ville ne nous a pas sauté à la figure. Et à vrai dire même de jour, on comprends pourquoi elle n’apparait pas dans les guides touristiques. Et même si nous sommes à cet endroit dans les plaines de l’Indus, un des berceaux de l’humanité, la ville est une ville  nouvelle indienne balayée par la poussière du Rajasthan aux bâtiments informes croulant sous les panneaux publicitaires. Quelques tracteurs aux remorques remplies de bales de coton s’invitent dans la circulation pour rappeler que cette bourgade de 100 000 habitants prends peu à peu le dessus sur la campagne environnante. Les nouvelles maisons sont au milieu des champs et seule encore la voie ferrée sert de frontière entre ces deux mondes. Car à traverser les rails, on bascule réellement dans un autre âge, les anciens corps de ferme siègent au milieu des terres. C’est à peine si l’électricité y arrive, l’eau est tirée du puits , les enfants jouent à moitié nu dans la poussière  de la cour, les hommes se réchauffent au près du feu tandis que les femmes font la vaisselle avec du sable.

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La campagne d'Hanumangarh

Dorénavant, nous n’arriverons plus qu’à 8h.

A la Amar Natural Farming où nous sommes attendus, trois familles d’ouvriers agricoles (soit 6 hommes) travaillent aux champs. Il y a Rampartha, sa femme Rosny et leurs deux enfants, le frère ainé et sa famille (une femme, trois enfants 15, 13 et 11 ans, une belle-fille et un petit-fils de 2 ans) et enfin le dernier des frères qu’on ne verra pas beaucoup. Et sur la quinzaine de personnes vivant à la ferme, personne ne parle anglais. Les débuts sont difficiles: nous ne savons pas trop comment notre venue a été expliqué et justifié d’autant plus que nous sommes les premiers étrangers à débarquer. L’absence de l’anglais (et de l’hindi de notre côté) ne facilite pas la prise de contact et nous passons quelques heures assis au près du feu dans le silence le plus complet. Si les premiers jours nous arrivons tôt  (6h30!), avant même le lever du soleil, les heures d’attente jusqu’à ce que le soleil ait réchauffé la terre sont fatales à notre bonne volonté. Dorénavant, nous n’arriverons plus qu’à 8h.

La journée commence donc avec le traditionnel tchaï (thé au lait et aux épices) autour du feu. Les ouvriers eux ont attaqué aux premières lueurs l’irrigation des champs, pieds nus alors que la température n’excède pas les 10° celsius. Un ingénieux réseau de canaux permet d’irriguer les différentes parcelles de riz basmati ou de blé de manière mensuelle. Nous, nous serons plus affectés au verger composé de quatre sortes d’oranger, de grenadiers et d’amrut (sorte de coing/pomme). Les arbres sont plantés en fonction de leur besoin en lumière: aux quatre angles d’un carré se trouvent ceux qui nécessitent le plus d’ensoleillement, au milieu des cotés du carré, il y a une espèce en ayant moins besoin et enfin, au centre du paralléllipède, ceux qui en ont le moins besoin. Ainsi en grandissant, aucun ne nuira à l’autre et une sorte d’écosystème aura été recréée  tirant le meilleur parti de l’agencement de l’espace.

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Une vache en forme

Les vaches sont grandement mises à contribution

Le capitaine S. S. Sran a hérité de la ferme à la mort de ses grand-parents il y a cinq/six ans. D’ailleurs Amar était le nom du grand-père. Le Penjab, l’état voisin, est le premier à avoir entrepris la révolution verte dans les années 60, à avoir développé l’utilisation d’engrais et de pesticides chimiques. Faut-il y voir une relation de cause à effets mais le train de nuit quotidien reliant le Penjab à Bikaner est surnommé  train de la mort à cause du grand nombre de cancéreux venant se faire soigner à l’hôpital de Bikaner. Voilà, la raison pour laquelle le Capitaine a décidé de se détourner de l’agriculture conventionnelle au bénéfice du bio. D’ailleurs, il préfère parler d’agriculture sans coût (zero budget farming) plutôt que de bio. Son intérêt réside dans l’utilisation des ressources naturelles disponibles sur la ferme. Ainsi les vaches sont grandement mises à contribution: l’engrais est produit à partir de leurs bouses tandis que le pesticide est un mélange macéré de leur urine et de plantes locales (neem, ail, oignon).D’ailleurs pour leur contribution à l’activité de la ferme, elles bénéficient d’un traitement de faveur, avec la possibilité d’errer librement dans les champs car elles seraient “beaucoup plus respectueuses de la nature que les hommes” , ce qui ne les empêche pourtant pas de brouter les bourgeons naissants des jeunes plants, ou d’être soignées par homéopathie et huiles essentielles pour les plus bagarreuses. .

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Le système d'irrigation

Quant à notre travail durant ce séjour passé à la Amar Natural Farm, nous aurons planté de l’ail, taillé des mandariniers et des grenadiers (et mangé les quelques fruits restants), ramassé les amruts, planté des pois chiches et des lentilles et fait de longues pauses autour du tchaï. Les quelques incursions de Claire en cuisine (c’est-à-dire dans la cour, autour du four de terre cuite à même le sol)auront été infructueuses. Cette période passé en immersion nous aura permis, certes d’améliorer notre vocabulaire hindi notamment dans le domaine agricole mais surtout d’avoir un premier contact avec l’agriculture biologique et avec le milieu rural indien.

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