A la croisée des chemins

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Rencontre à la croisée des chemins: Amit, le frère du marié

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La mariée

En Inde, les invités sont considérés comme des dieux

Dès notre arrivée à Jaipur, dans l’Etat du Rajasthan, nous repartons déjà à la recherche d’un boui boui pour se restaurer. Nous n’avons pas marché longtemps avant de rencontrer Amit, le frère du marié, qui au lieu de nous indiquer un restaurant nous proposa le buffet du mariage de son frère! “Plus il y a d’invités, plus cela porte chance aux mariés” répondit-il à notre étonnement devant une hospitalité si spontanée. Il ajouta: “en Inde, les invités sont comme des dieux”  tout en nous passant en revue les différents mets indiens du buffet, plus succulents les uns que les autres.

Comment avions-nous atterri-là? Il se trouve que notre hôtel était situé dans la rue des mariages. Au lieu de salles municipales, les indiens sont friands de “pelouses vertes” en plein coeur urbain pour installer les tentes, estrades, chaises et autres accessoires des mariages indiens. Alors que nous nous promenions dans la rue, le cortège du marié a capté notre attention ce qui a attiré celle d’Amit. Il nous a d’abord invité à intégrer la tête du cortège pour danser, puis devant notre curiosité débordante, nous a aussi ouvert la porte de la cérémonie…

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Le cortège du marié

Il faut voir au moins une fois dans sa vie un cortège de mariage indien pour le croire.

Imaginez l’activité débordante des villes indiennes: l’intense circulation de tout type de véhicule, les concerts de klakon, la masse des piétons, les vendeurs ambulants trimbalant leur étals, etc. Et au milieu de ce chaos, se dresse, comme un mirage urbain, une foule de personnes sortie tout droit des contes des “Milles et une nuit”… Il s’agit de la famille du marié qui se rend chez la mariée (en fait le lieu du mariage). Elle se dirige à grand renfort de musiciens de cornemuses et tambours, de chandeliers brillants portés par des domestiques et alimentés par des générateurs ( transportés en vélo). Ils font office de cordons de sécurité de ce petit cortège, à l’abri du regard ébahi de tous les curieux alentours. Sur le rythme de la fanfare, les hommes sont invités à danser. Tandis que les femmes suivent, drapées de leur sari en soie aux couleurs vives et de leurs 1000 bracelets et colliers. Elles éclairent la noirceur des nuits indiennes sans éclairage public. Le cortège familial s’achève par le marié, en habit de maharaja (roi indien), qui se dresse fièrement sur un beau cheval blanc.

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Musiciens en transe

Nous nous sommes retrouvés, avec Guillaume, au milieu de ces danseurs en transe, à imiter leur rythme effréné, sous les flashs des photographes professionnels, recrutés pour l’évènement. Claire, avec son statut d’étrangère, passera outre les codes sociaux indiens qui conduisent souvent à la séparation des hommes et des femmes dans l’espace public. Mais le plus difficile restait à venir … quand nos danseurs nous ont demandé de leur interpréter des danses typiques françaises! Nous avons maladroitement exécuté quelques pas de valses, en espérant qu’il n’y ait pas de fins connaisseurs de cette danse parmi le public!

Après cette joyeuse introduction, Amit nous a accompagné chez la mariée. Le lieu du mariage est découpé entre la partie dinatoire, avec buffet et tables, et la partie cérémonie, avec estrade et fauteuils. Nous commençons par nous attabler, les mains pleines de tous les mets que nous devons absolument gouter! Nous passons totalement inaperçus auprès des invités… sauf pour les serveurs qui s’imaginent pouvoir nous soutirer quelques roupies. Ce qu’ils ont réussi à faire, jusqu’à ce qu’un invité, amusé par la scène, nous explique que les invités ne sont pas censés payés pour le service!

Le mariage arrangé est une coutume qui perdure

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Le buffet

Après ce festin, Amit nous convie à assister à la cérémonie du mariage. Tout en faisant se déplacer des personnes déjà confortablement assises, il nous installe au premier rang! A ce stade du récit, il convient de remettre les choses dans son contexte: imaginez des étrangers sortis de nulle part, en tenue décontractée, T-shirt, pantalons et baskets, débarquer dans votre mariage au milieu de vos convives endimanchés!

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Echange de colliers de fleurs

Alors qu’Amit nous indique qu’il s’agit d’un mariage arrangé, sans aucune gêne ni complexe, nous avons l’impression d’être au spectacle avec comme pièce, un mariage indien, et comme acteurs, les mariés… Cette coutume, que l’on croyait naïvement dépassé, existe donc encore bel et bien. Tous les couples mariés indiens que nous rencontrerons par la suite nous préciseront leur arrangement familial, sans que l’on comprenne d’ailleurs ce besoin de nous le confier. Peut-être était-ce l’occasion pour la femme de nous demander, les yeux pétillants d’un romantisme débordant (encouragé par la filmographie bollywood) :” Et vous, s’agit-il d’un mariage d’amour?”. Très pragmatique, notre chauffeur indien, Sonu, nous expliquera que contrevenir à ce code social conduit tout simplement au bannissement familial. Ce qui n’est peut-être pas une bonne idée, dans un pays où la solidarité familiale est bien plus puissante que celle de l’état-providence. Puis, comme pour nous rassurer sur ces pratiques tellement différentes des nôtres, il ajoutera que les enfants ont quand même un droit de véto sur les personnes présentées par leurs parents, tout en précisant qu’il ne faut pas en abuser…

L’échange de colliers de fleurs tient lieu d’échange d’alliances

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Les mariés

Bref, la cérémonie-spectacle à laquelle nous assistons, consiste en un échange de collier de fleurs, qui tient lieu d’échanges des alliances pour nous. Les mariés sont portés par la famille pour rendre l’exercice plus difficile. S’ensuit une longue séquence de photos pendant laquelle tous les conviés sont invités à poser avec les mariés… y compris les touristes égarés! Cela permet aux invités de féliciter personnellement les mariés et à ces derniers de recevoir avec bonheur ces bénédictions, qui leur porteront chance pour le futur. Notre présence s’arrêtera là, car vers 22h, tous les invités se retirent discrètement pour laisser la famille proche et les mariés se consacrer à la cérémonie religieuse, en toute intimité. Devant un prêtre hindoue (un brahmane), les mariés se déclineront leurs sept engagements du mariage tout en faisant le tour d’un autel religieux préparé à cet effet. Puis le prêtre invoquera la bénédiction des Dieux à l’aide d’offrandes alimentaires et de lectures de textes religieux.

L’un des 7 engagements est d’aimer la famille de son conjoint… Ce qui nous faire sourire, à nous, européens, tant nous entendons autour de nous des anecdotes rigolotes sur les relations belles-filles / beaux-parents, mais pour la mariée indienne, c’est une question vitale. Elle va devoir aller vivre dans la famille du marié et sera soumise au bon-vouloir de ses beaux-parents, en particulier de sa belle-mère…

Au fur et à mesure que nous nous éloignons du mariage, nous sommes à nouveau frappés par la dureté de la vie quotidienne indienne et nous avons alors l’impression d’avoir rêvé ce havre de paix et de douceur que seules les classes sociales élevées semblent avoir accès.

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