A la croisée des chemins

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Ah l’Inde…

ruejaipur

Rue de Jaipur - Rajasthan

Il n’est pas pays plus déconcertant que l’Inde. Même si l’on s’y prépare avant d’y mettre les pieds, l’image mentale qu’on s’en fait est à 10 000 lieues de la réalité. Les documentaires, les livres ou même les photos qu’on en ramène ne rendent pas justice au mal que se donne ce pays pour se démarquer des autres. Il ne laisse pas indifférent; soit on l’aime, soit on le déteste.

Les indiens ont inventé le concept d’heure de pointe permanente

Ce qui déstabilise le plus est sans doute le fait d’arriver à matérialiser la notion de Chaos. La première vision des rues qu’on découvre est donc un maelström sans fin de chair et de métal imbriqué l’un dans l’autre, avec en bande-son la quintessence de la cacophonie. A voir tant de monde et tant de véhicules gravités les uns autour des autres dans les rues, on se demande si on n’aurait pas découvert le secret de l’univers. Celui qui permet aux astres célestes d’évoluer  sans jamais se percuter. En tout cas les indiens ont inventé le concept d’heure de pointe permanente. Peut-être existe-t-il un mot en hindi pour décrire ces heures perdues au milieu de la nuit où le pavé n’est pas battu par tous ces pieds, ces pattes ou ces pneus.

Thésée doit faire face aux légions damnés de crèves-la-dalle

klaxon

Klaxonnez ! (A l'arrière des camions)

Le terme de marée humaine ne prends réellement tout son sens qu’en Inde. Il faut imaginer qu’une rue indienne ressemble au pire centre commercial une veille de Noël, et à la différence qu’en Inde se serait tous les jours Noël et toutes les rues seraient un centre commercial en puissance (et avec des vaches en liberté en plus). Descendre du trottoir pour s’échapper de ce flot humain et c’est se jeter dans un autre trafic. Carrioles, vélo et auto-rickshaws, mobylettes, voitures, bus, camions, tracteurs ne semblent faire qu’un obstacle mouvant dans cette jungle urbaine. Thésée doit sortir du labyrinthe, s’extraire de cette masse de caoutchouc, de métal et de l’impatience des conducteurs. Le rythme des klaxons donne le ton, assourdissant, déstabilisant. Stoppé dans son élan, Thésée doit faire face aux légions damnés de crèves-la-dalle.Enfants mendiants saltimbanques, filles-mères à peine pubère, petits ramasseurs de poubelles s’escrimant à longueur de journée pour quelques bouteilles en plastique, handicapés en tout genre – c’est la course à celui qui aura le plus beau ou le plus original –  la fête du moignon et de la plaie purulente, maladies disparues de nos contrées mais qui se refont une seconde jeunesse ici. La cour des miracles existe et nous l’avons retrouvée.

On en oublierait presque ce qui fait la beauté de l’Inde

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Un des nombreux obstacles à éviter

Les égouts à ciel ouvert mêlent leurs effluves diaboliques au doux fumet des bouses de vache jonchant le sol. Les ménagères ont beau balayé la rue tôt le matin, les immondices réapparaissent dès qu’elles ont le dos tourné. Le mythe moderne de Sisyphe roulant sans fin son rocher en haut de la montagne. Les déchets en plastique s’amoncèlent dès qu’un recoin s’offre à eux. Les vaches et les chiens errants se contenteront des restes de chapatis (pain plat typique) pour leur déjeuner. L’attention que requière une déambulation dans une rue indienne draine l’énergie de celui qui n’est pas habitué. La pression de ne pas avoir ou de créer d’accidents voile la réalité. Tous les sens en aboie pour éviter le pire, on en oublierait presque ce qui fait la beauté de l’Inde. Les minuscules étals de boutique qu’on dirait taillée à la corpulence du propriétaire, les épices qui donnent tant de saveur, les couleurs des saris, les regards et sourires ensorceleurs des rajhpoutes. Sous une gangue de boue se révèlent à vous mille trésors.

Il faut oublier toute question commençant par “pourquoi”.

autoroute

Une autoroute indienne

Il existe un syndrome indien pour les touristes occidentaux, illustré dans le livre “Fous d’Inde” de Régis Airault , psychiatre à l’ambassade de France en Inde. La perte de repères traditionnels ainsi que la pression permanente mènent à quelques cas de pétages de plomb chez certains (sans antécédents psychologiques). Ainsi de la même manière qu’il y a un syndrome de Jérusalem (des touristes se prenant pour le messie devant la charge émotionnelle du lieu)  ou le cas des japonais à Paris (le décalage entre réalité et l’image rêvée entrainant des dépressions), l’Inde agit sur notre sub-conscient et ne nous laisse pas indifférent . Mais comment ne pas s’étonner dans un pays où il y a des coton-tigeurs professionnels, armé de leur coton-tige, ils arpentent les rues pour nettoyer les oreilles du chaland, quand le pharmacien se mouche et se sert du même mouchoir pour s’essuyer le visage, ou bien sur le fait qu’il existe un préposé à l’essuyage de la poussière des plantes vertes de l’aéroport? Il semblerait que pour bien vivre un voyage en Inde, il faille oublier toute question commençant par “pourquoi”. Un jour, les clefs de la compréhension nous seront données mais pour le moment il faut accepter les choses telles qu’elles sont.

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