A la croisée des chemins

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Cameron Highlands, vous prendrez bien une tasse de thé?

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Cueillette des feuilles de thé

Notre curiosité s’est tournée vers les magnifiques plantations de thé du coin

Après avoir quitté kuala Lumpur, l’ultra urbanisée, et roulé plusieurs heures au milieu de plantations de palmiers à huile, notre bus amorçait l’ascension des montagnes de Cameron Higlands, à seulement 1500 mètres d’altitude. Pendant que le véhicule serpentait les petites routes au travers de la foret tropicale, perchée à flanc de montagnes, on se demandait bien dans quel village on allait atterrir… On ne croisait pas âme qui vive, si ce n’est, de temps en temps, un étal sur la route tenu par un “habitant de la jungle”, comme les urbains de KL les appelle non sans une certaine crainte mêlée à de l’admiration. Il y vendait son trois fois rien de sa collecte du jour (du miel, des fèves et parfois du durian). On pouvait parfois apercevoir un village au milieu de la foret avec des maisons en pilotis aux toits ondulés. Assis sur notre confortable siège, nous attendions avec anxiété le moment où on allait être lâché au milieu de nulle part, dans la foret et sous la pluie, à ne pas oser faire trois pas de peur de croiser des animaux sauvages, des insectes aux venins mortels, des plantes carnivores ou le summum, des parasites invisibles à l’oeil nu!

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Les jeunes pousses

Soudain, le village de Tanah Rata nous est apparu derrière un virage. Le décors de végétation exubérante a alors cédé la place à un “hub” touristique avec son lot d’hôtels, d’appartements à louer, de restaurants en tout genre, dont l’inévitable Starbuck. Ces installations touristiques ont pour motif la présence de plantations de thé et des fermes en tout genre (fraises, papillons, cactus, etc.) que les malaisiens adorent venir admirer les weeks-ends ou pendant leurs vacances.

Pour notre part, notre curiosité s’est tournée vers les magnifiques plantations de thé du coin, qui s’admirent à perte de vue perchées sur d’innombrables collines. Nous allions enfin découvrir les étapes précédentes nos consommations de thé en sachet! Parce qu’elle était plus facile d’accès, nous nous sommes intéressés à la “Boh Tea Estate Plantation”, qui s’est avérée être le premier producteur de thé malaisien (70% des parts du marché). Elle produit 4 millions de kilogrammes de feuilles de thé par an, soit 5,5 millions de tasses de thé par jour (pour une population malaisienne de 28 millions d’habitants). L’entreprise est également présente dans le monde entier. Sa particularité est d’être une des dernières entreprises mondiales à privilégier l’intégration verticale pour maintenir la qualité de ses produits (c’est-à-dire qu’elle gère en direct tous les stades de production du produit de la plantation à la distribution). Elle a été fondée en 1929, alors que la Malaisie était encore une colonie britannique, l’entreprise est d’ailleurs toujours aux mains d’anglais, les héritiers du premier fondateur.

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Un théier

Ce sont aussi les anglais qui ont initié l’urbanisation de la région de Cameron Highlands. L’endroit découvert en 1885 a tout de suite plu par son air frais et par la fertilité de ses terres. C’est peut-être pour cela que l’on y observe la plus importante déforestation du pays. Dans la région la plus pluvieuse de la péninsule malaise, cela ne se fait pas sans entrainer des glissements de terrain accentués par sa topographie montagneuse. Malheureusement, les quelques bâches de plastiques aperçues à droit à gauche ne permettent pas de retenir ni la végétation, ni la terre entrainées par le ruissèlement des eaux de pluie.

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Plantation

Nous allions enfin découvrir les étapes précédentes nos consommations de thé en sachet!

Mais retournons à nos feuilles de thé. Avant de produire des feuilles, les plants de thé sont semés en pépinière, dorlotés et chouchoutés bien à l’abri de la pluie sous serre. Ce n’est qu’au bout d’un an que l’arbuste connaitra son environnement naturel et au bout de deux ans qu’on pourra commencer à couper ses feuilles. A la plantation de thé, les ouvriers agricoles ne chôment pas (en général des népalais et des indiens). Toutes les trois semaines, ils doivent s’occuper de la corvée de la cueillette des feuilles, mais pas n’importe lesquelles, uniquement les jeunes pousses, qui sont les feuilles les plus vertes! En fonction de la topographie du terrain, la méthode de cueillette est plus ou moins mécanisée. Sur terrain plat, de gros engins motorisés peuvent ramasser jusqu’à 9000 kg par jour. Or à Cameron Highlands, le terrain plat est proscrit! Ainsi, au mieux, les ouvriers utiliseront une espèce de sécateur mécanique qu’il faut maintenir à deux, avec une rentabilité de 300 kg par jour. Au pire, il faudra cueillir manuellement et ce sont quand même 120 kg qui seront ramassés par jour. Pour bien croitre, les plants de thé sont arrosés régulièrement de fertilisants qui sont parfois répandus par avion.

Une fois coupées de leurs arbustes, les feuilles de thé connaitront un sort plus industriel, qui ne prend que quelques jours. Il y a 5 étapes clés avant de découvrir la feuille thé telle que nous la connaissons dans nos théières. La méthode brièvement résumée ci-dessous sert à fabriquer le thé noir. Elle a été inventée par les anglais. Les autres types de thé (vert, jaune, rouge et compagnie) sont issus d’une autre méthode de fabrication, tout en provenant du même arbuste.

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Point de vue

Le flétrissage: il s’agit de libérer l’humidité de la feuille, qui contient alors environ 80% d’eau, de façon à favoriser les procédés chimiques naturels d’opérer (l’oxydation). Les feuilles de thé sont positionnées sur des claies ventilées par un air chaud.

Le roulage: les feuilles de thé sont ensuite roulées pour les briser en de multiples morceaux qui libèreront des enzymes et ce de façon à préparer la fermentation.

La fermentation: c’est l’étape d’oxydation de la feuille de thé. Il s’agit d’un procédé chimique naturel: les feuilles sont mises à reposer dans une pièce chaude et humide. C’est à ce stade que la feuille développe son gout, son arôme et sa couleur (noire). Il faut donc être vigilent quant au timing et à la température!

Le séchage: le séchage interrompt le processus précédent en soumettant les feuilles de thé à une température supérieure à 90°C, en général produite par du bois brulé.

Le tri: Les feuilles sont ensuite triées par taille

Et voilà, c’est aussi “simple” que cela, il ne reste plus qu’à aller faire chauffer l’eau… et le lait pour respecter la tradition anglaise.

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