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Toconao, un exemple d’une ville minière au Nord du Chili

Coucher de soleil sur les Andes

Coucher de soleil sur les Andes

Pour fuir les foules de San Pedro d’Atacama dans le Grand Nord chilien, nous avons trouvé refuge à Toconao, vanté par notre guide de voyage comme une “oasis idyllique”.

Nous n’avons toujours pas appris à nous méfier de ces ouvrages… Après une heure de bus au milieu d’un décors sans végétation, nous avons atterri dans un agglomérat de baraques aux toits de tôles et aux clôtures faites de bric et de broc. Un contraste saisissant avec les charmantes maisons en adobe de San Pedro. La seule attraction touristique du village réside dans le campanile de son église, datant de 1750, qui trône au milieu de la place principale. Et, on l’oublie très vite dès qu’on fait trois pas. Prennent alors le relai les rues ensablées, non éclairées la nuit, les chiens errants et l’état de délabrement général de toutes les maisons du village. Nous avions peut-être perdu au change, mais une compensation de taille nous donnait le privilège d’admirer, seuls, le coucher de soleil sur la Cordillère des Andes.

Toconao

Toconao

C’est en cherchant notre logement que nous avons commencé à nous intéresser à ce village de 500 âmes: son destin est lié à la mine de lithium du Salar d’Atacama à une vingtaine de km. Il nous a fallu une heure pour localiser les offres d’hébergement dans le village, non signalées, grâce aux indications des commerçants ou en faisant du porte à porte. Une nouvelle heure aura été nécessaire pour trouver quelqu’un intéressé à nous loger pour seulement deux nuits. Au bout d’un moment, nous avons compris que les “entreprises” qui revenaient sans cesse dans les refus de nos potentiels logeurs (“on n’héberge que des entreprises”) n’étaient pas des agences de voyage mais des entreprises minières…

On pourrait croire que le filon du lithium vient d’être découvert dans le Salar, tellement les offres d’hébergement fleurissent un peu partout dans le village (nous avons vite appris à les repérer). Pourtant la mine à ciel ouvert est en exploitation depuis 20 ans. C’est bien simple, n’importe lequel des habitants de Toconao propose un petit quelque chose aux mineurs quitte à devoir se contenter pour soi de la cabane en bois au fond du jardin dans laquelle il rangeait ses outils auparavant. Les villageois en ont même délaissé leur oasis (la Gorge du Xeres) qu’ils avaient transformé en verger où poussent arbres fruitiers et champs de culture.

Campanile de la place de l'église

Campanile de la place de l’église

Le village vit au rythme de la mine et ne s’anime que le soir à l’heure de la débauche. Ce n’est qu’à partir de ce moment là que les cantines ouvrent leurs portes et que les villageois pointent le bout de leur nez.

Et puis il y a le campement SQM (l’entreprise qui extraie le lithium) un poil à l’écart du village. En passant devant, on a d’abord pensé à  un “barrio privado”, ces villes privées pour riches qui se développent un  peu partout en Amérique du Sud. Mais il s’agissait du campement des salariés de SQM. Un village dans un village en somme avec ses terrains de foot, de baskets, son restaurant d’entreprise, ses coquettes maisonnettes, son propre générateur d’électricité et son puits d’eau potable.

Le chiffre d’affaires de l’industrie minière chilienne représente 20% du PIB et plus de 50% des exportations du pays. L’extraction de cuivre est en tête de gondole, viennent ensuite le nitrate de potassium et de sodium, le lithium, l’iode, l’or, l’argent, etc. Le Chili est le plus grand producteur mondial de cuivre. A lui seul, il fournit un tiers de la demande mondiale actuelle. Et la source n’est pas prête de se tarir, le Chili compte 40% des réserves de cuivre connues de la planète. Depuis les premier gisements de salpêtre, découverts dans le désert d’Atacama au XIXème siècle et à l’origine de la Guerre du Pacifique, les mines constituent le moteur de développement du Chili.

La gorge de Xeres

La gorge de Xeres

Ainsi, les mineurs qui logent chez les habitants de Toconao sont en fait les salariés d’entreprises sous-traitantes de SQM, recrutées en coup de bourre d’extraction. Ils ont des contrats qui varient entre 6 mois et 1 an et ne bénéficient certainement pas des conditions de vie entraperçues pour les employés en CDI de SQM.

De nombreux chiliens du centre ironisent d‘ailleurs sur le sort de ces mineurs. Ils soulignent qu’ils enrichissent le Chili de leurs efforts, alors, qu’en échange ils s’esquintent la santé en travaillant dans un environnement ultra pollué et dépensent tout leur salaire dans des besoins primaires. Le cout de la vie étant tellement élevé dans le désert le plus absolu de la planète, dans lequel rien ne pousse.

Il y a plus de 50 ans, c’était d’ailleurs la découverte d’une mine de cuivre chilienne (celle de Chuquicamata dans le désert d’Atacama) qui avait fait pousser les ailes de révolutionnaire du célèbre Che Guevara. Depuis, le village, créé à ses côtés pour loger les mineurs et leurs familles, a du être évacué du fait de la contamination ambiante.

L'église de San Pedro

L’église de San Pedro

Heureusement, les conditions de travail ont quand même bien changé. Il est toujours bon de rappeler qu’il y a tout juste un an, 33 mineurs s’étaient retrouvés bloqués à plus de 600 mètres de profondeur dans une mine du désert d’Atacama. Et ce pour défaut de mise aux normes de sécurité de leur environnement de travail. Certains journalistes nord-américain, qui vivent au Chili, aiment à décrire le sauvetage de ces 33 mineurs, intervenu 69 jours après leur emprisonnement, comme un anti-11 septembre par la solidarité dont ont témoigné tous les chiliens ou l’efficacité dont ont fait preuve ceux en charge du sauvetage. Ce sont ces mêmes chiliens qui s’indignent aujourd’hui sur la plainte de 31 des 33 mineurs à l’encontre de l’Etat pour préjudice moral et faute de service, au prétexte que la mine n’appartenait pas à Codelco.

Codelco est le fleuron de l’industrie nationale, l’entreprise publique d’extraction de cuivre et la dernière survivante du programme de privatisation des années Pinochet. Un projet secret de privatisation est aujourd’hui dénoncé par les syndicats des travailleurs du cuivre. En juillet 2011, ils se sont mis alors en grève faisant perdre 40 millions de dollars par jour d’arrêt de travail à l’entreprise. Et pour cause, le prix de vente de cette vache à lait est aujourd’hui évaluée entre 3000 et 5000 millions de dollars.

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