A la croisée des chemins

Le blog de notre tour du monde et de notre vie en Guyane

Le pillage des trésors du Machu Picchu

Allégorie sur le pillage culturel du Machu Picchu
Allégorie sur le pillage culturel du Machu Picchu

Au mois de juillet 2011, tout le Pérou était en fête pour commémorer le centenaire de la découverte du Machu Picchu par l’explorateur nord-américain Hiram Bingham, exactement, le 25 juillet 1911. Précisons qu’il s’agit de sa découverte scientifique, car les ruines de cette citadelle inca étaient bien connues des populations locales qui utilisaient ses terrasses agricoles pour leurs cultures vivrières. C’est d’ailleurs un agriculteur du coin qui a servi de guide à l’expédition.

Bingham, sous couvert de faire bénéficier à la recherche archéologique péruvienne de l’excellent appareil de recherche de l’université nord-américaine de Yale, emporta dans sa valise quelques milliers de pièces archéologiques, au cours de trois sessions de fouilles effectuées sur place entre 1911 et 1915.

Plusieurs chiffres circulent sur  le nombre de pièces : 5 000 selon l’université de Yale; 40 000 pour le gouvernement péruvien. Quant au contenu des valises, il s’agirait de vulgaires fragments de poterie, de simples ossements, d’inutiles objets en métal et en bois, affirme l’université; mais pour les péruviens, les salles d’étude de l’université, où sont entreposées les pièces, regorgeraient de statuettes, d’objets de cultes, de bijoux en or, de pierres précieuses ou encore de momies. D’ailleurs, comment penser que l’explorateur Bingham, ayant inspiré le personnage de fiction “Indiana Jones”, se serait contenté de ces “pacotilles” comme “trésors de guerre”? Plus sérieusement, se pourrait-il que ce site archéologique, que l’on surnomme “la cité perdue des incas” et qui serait passé au travers du pillage des espagnols pendant la conquête, soit si “pauvre” en objets d’artisanat, connaissant l’agilité des incas pour le travail de l’or et de l’argent?

Statuettes incas en or
Statuettes incas en or

Alors que l’accord initial entre l’Université de Yale, la National Geographic Society, les bailleurs de fonds des expéditions, et le gouvernement péruvien prévoyait la dévolution de ces trésors 18 mois après la fin des expéditions, les péruviens attendent toujours!

Le gouvernement péruvien a pris très tard conscience de la valeur de ces artéfacts pour le patrimoine culturel du pays et c’est à partir des années 70 qu’il a commencé à formuler des demandes de restitution auprès de l’université de Yale.

Si le gouvernement péruvien met en avant la légitime récupération de son héritage culturel, l’université de Yale, quant à elle, lui oppose des arguments juridiques ou scientifiques. Sur le plan juridique, la période de demande de restitution des œuvres seraient prescrites, en se basant sur l’accord initial datant de 1911. Sur le plan scientifique, les quelques milliers de pièces entreposées dans ses caves auraient peu de valeur en comparaison d’autres restes découverts dans des sites archéologiques comme Sacsayhuaman. Il y aurait en tout et pour tout quelques 300 pièces qui auraient un intérêt digne d’être exposé. Pas de quoi en faire tout un plat!

Le Machu Picchu
Le Machu Picchu

Cependant, les péruviens ne lâchent pas prise dans leurs revendications et continuent de réclamer inlassablement leurs trésors volés. En 2008, après avoir épuisé les voies de recours diplomatiques, Ils se sont lancés dans une procédure judiciaire auprès d’un tribunal de l’Etat du Connecticut. Début 2010, il semblerait que ce soit finalement l’intervention d’Obama auprès du recteur de Yale qui aurait convaincu l’université de renvoyer les pièces au Pérou. Pour le centenaire de la découverte scientifique du Machu Picchu, l’université de Yale a donc fait le geste de rendre plus de 300 pièces. Le reste doit être restitué d’ici à la fin 2012.

Ce n’est pas pour autant que l’incident est oublié au sein de la population et ce contentieux décennal était bien présent dans les défilés des fêtes de Cusco du mois de juin.  Le char des étudiants des beaux arts de Cusco représentant l’oncle Sam le regard cupide et les mains pleines de trésors a fait sensation! Il avait pour titre “encubrimiento saqueologico”, un jeu de mot pour signifier que la découverte archéologique n’était qu’un prétexte pour dissimiler un pillage. D’autres péruviens croisés à Cusco lors du défilé de danses ayant pour thème le centenaire. nous ont confié n’avoir pas trop le coeur à commémorer une date qui a finalement eu pour conséquence le pillage culturel de l’héritage de leurs ancêtres pendant des dizaines d’années.

Mais, ne nous réjouissons pas trop vite de n’être pas nord-américain, car cela pourrait bien être la France qui détiendrait en otage, dans ses beaux musées parisiens, l’héritage culturel des descendants des incas. Peu à peu, nous prenons conscience que nos dimanches à arpenter les musées du Quai Branly, Louvres et compagnie, que nous prenions pour des sorties culturelles, n’étaient, en fait, qu’un sacrilège fait à tous ces peuples qui ont vu leurs trésors archéologiques pillés pour satisfaire les besoins d’exotisme de quelques nantis qui cherchons à nous évader de la grisaille parisienne nos weekends d’hiver! Et nos impôts contribuent à cette injustice? Nous serions curieux de connaître le nombre de contentieux similaires à celui-ci en France…

Leave A Comment

Your email address will not be published.

CommentLuv badge