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Le Machu Picchu, un patrimoine mondial en danger?

Escaliers
Escaliers

Il s’en est fallu de peu, en juin dernier, pour que le Comité du Patrimoine Mondial de l’Unesco déclare le Machu Picchu en danger.

A qui la faute?

A nous! Et les autres milliers de visiteurs qui fréquentons quotidiennement ce site d’exception. Ah comme nous avons aimé fouler ses terrasses agricoles, déambuler dans ses escaliers, s’extasier devant ses temples, toucher ses pierres magnétiques. Mais est-ce que cela doit se faire au prix de la dégradation de cette merveille du monde (depuis 2007)?

N’est-ce pas là, la contradiction intrinsèque de l’action de l’Unesco que de relever des sites à préserver du fait de leur “valeur universelle exceptionnelle” tout en contribuant ainsi à une augmentation de leur fréquentation touristique? Tous les États du monde ont bien compris l’enjeu économique d’une inscription de leur patrimoine sur la liste de l’Unesco, il n’y a qu’à compter le nombre de dossiers présentés au Comité tous les ans; pas moins d’une centaine.

Terrasses agricoles
Terrasses agricoles

Pour l’instant, le nombre maximum de 2 500 visiteurs journaliers est respecté. Il a été établi par l’Unesco dans l’objectif de limiter l’impact humain dans la détérioration du sanctuaire. Mais les récents projets d’infrastructures routières et urbaines autour du site laissent présager une augmentation régulière de la fréquentation touristique.

Les illustres de l’Unesco pointent du doigt, par exemple,  le développement urbain incontrôlé d’Aguas Calientes, le village-étape à partir duquel se visite le site. Il n’en finit pas d’étendre ses infrastructures touristiques. Déjà dévisagée par la ligne de chemin de fer qui le traverse de part et d’autre, il n’en continue pas moins de se défigurer en multipliant ses offres d’hébergement. Et ce faisant, impulser de nouveaux flux de visiteurs.

Intihuatana
Intihuatana

Mais la bête noire de ces pontes est la construction d’une route à proximité de la citadelle. Jusqu’à présent, Aguas Calientes ne peut être rejoint qu’en train, ce qui, en haute saison touristique, conduit régulièrement à congestionner l’afflux des visiteurs. Depuis des années, les autorités locales avaient ainsi milité pour la construction d’une route devant relier Santa Teresa à Aguas Calientes. Elle est devenue aujourd’hui le symbole d’un accès incontrôlé au sanctuaire, qui plus est, génèrera une nouvelle augmentation de touristes.

Est-ce par pure égoïsme que les membres de l’Unesco souhaitent limiter l’accès à ce patrimoine à leur seules “missions d’observation” ? Malheureusement non, l’environnement sur lequel est juché le Machu Picchu est par nature fragile, constitué de pentes abruptes constamment lessivées par des pluies torrentielles, qui menacent à tout moment des glissements de terrain. Sans parler de l’humidité qui règne dans ses forets tropicales où le lichen a décidé d’élire domicile sur le patrimoine bâti de la citadelle.

Pentes abruptes

Pentes abruptes

De fait, depuis que la cité inca a été déclarée patrimoine culturel et naturel de l’humanité, en 1983, le sanctuaire a toujours été placé sous haute surveillance de l’Unesco. Depuis, ce ne sont pas moins d’une dizaine de missions d’observations que l’Unesco a organisé sur place et la dernière date de 2009. La prochaine visite, en février 2012, permettra, entre autres, de s’assurer que les festivités du centenaire de la découverte scientifique du Machu Picchu n’ont pas causé de dommages, comme la fois où l’Intihuatana (un autel voué au culte du soleil) avait été irréversiblement abimé lors d’un tournage de publicité.

Malgré la production de multiples rapports et études, en 2010, suite à des pluies torrentielles, l’Unesco rabâchait encore ses sempiternelles recommandations sur la nécessité d’élaborer “un plan de gestion des risques, un plan d’utilisation publique, une planification urbaine, un système de transport, des points d’accès contrôlés pour les visiteurs et des mesures afin de réduire les risques de glissement de terrain”.

Un temple au Machu Picchu
Un temple au Machu Picchu

La pression de l’Unesco aura quand même eu le mérite de freiner quelques projets mégalomanes de certains des dirigeants politiques du Pérou, comme celui de la construction d’un téléphérique devant relier le Machu Picchu à Aguas Calientes.

Quant aux autorités du Pérou, elles rechignent encore à positionner ce joyau comme un patrimoine en danger, le Machu Picchu représentant la plus grande attraction touristique du Pérou, voir peut-être de l’Amérique du Sud.

Le Comité du Patrimoine Mondial de l’Unesco a renoncé à déclarer le Machu Picchu, patrimoine mondial de l’humanité en danger à la condition que les autorités péruviennes leur présentent un rapport, imminent, sur l’état de conservation du Machu Picchu. Faudra-t-il que l’Unesco utilise sa dernière carte, celle de retirer le Machu Picchu de la liste du patrimoine mondial, pour faire réagir le Pérou?

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