A la croisée des chemins

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Flânerie à Valparaiso

Jeux de couleurs à Valpo

Jeux de couleurs à Valpo

Il est des villes  qui se prêtent plus facilement que d’autres à l’exercice  de la flânerie et pour notre plus grand bonheur, Valparaiso est de celle-ci. Une grande majorité des villes d’Amérique du Sud est assez récente, en tout cas a été construite de toutes pièces par les Conquistadors. A l’époque, on faisait dans l’efficace faisant fi des éventuels flâneurs et le plan d’urbanisation se contentait de rues parallèles et perpendiculaires dénuées d’imagination.Il est difficile de s’y perdre  et on se lasse rapidement d’un tel schéma: une rue à gauche, trois à droite etc… L’impression ténue d’être une pièce sur un échiquier géant. Grâce à sa topologie accidentée, les bâtisseurs de la ville ont du s’adapter au cabotinage du décor et par la force des choses faire avec. Un dédale de rue s’offre au promeneur impénitent qui retrouve ainsi le plaisir de flâner. Les rues étroites, les escaliers abruptes épousent les courbes des collines pour déboucher sur de sublimes point de vue de la baie. La promenade est guidée par une véritable mosaïque de couleurs que ce soit celles des maisons de tôle ou de celles de graffitis. Suite au tremblement de terre 1906, les valpinos consolidèrent leur maison d’adobe à laide de bout de tôle qu’ils peignirent de toutes les couleurs. Au fil du temps, la tradition se perpétua pour donner tout son charme à la ville. Le relais a ensuite été pris par les graffeurs qui ont ajoutés leur touche aux derniers murs gris qui résistaient. Une véritable chasse aux trésors s’ouvrent alors sous les pas du voyageur. On aperçoit un graffiti à l’entrée d’une rue, qu’on suit. Celle-ci débouche sur un autre mur peint et ainsi de suite jusqu’à perdre l’idée d’itinéraire qu’on avait en tête; Le même  piège se referme sur le visiteur à cause des maisons colorées: l’oeil est attiré par telle ou telle couleur, les pieds – dociles – le suivent mais à peine arrivé sur les lieux que déjà il suit une autre piste. Le jeu semble ne devoir jamais s’arrêter. Toutefois, il arrive que les maisons de tôle se transforment petit à petit en bidonvilles de tôle, accrochés aux vallées qui séparent les cerros. Il est alors temps de faire demi-tour.

Le cerro Concepcion (depuis le cerro Panteon)

Le cerro Concepcion (depuis le cerro Panteon)

Un doux parfum d’abandon règne dans la ville sans en connaitre réellement l’origine: la décrépitude des maisons, les chiens errants ou encore les funiculaires en panne? Construits entre 1883 et 1916, ils participaient à l’image de carte postale de la ville, à la manière du tramway no.20 de Lisbonne. On imaginait déjà l’odeur de la cire de bois, le son de la crémaillère et la vue sur la mer se dégageant au fur et à mesure de l’ascension. Le cliquetis de la mécanique centenaire s’est tu, sans doute a-t-elle lâché un dernier râle d’agonie quand la grille de la porte s’est refermée sur elle, la plongeant dans une retraite anticipée. Mise au rebut pour une affaire de gros sous, la majorité des funiculaires de la ville ronge son frein en attendant un possible dénouement, souffrant des affres du temps et de la dégradation. Les propriétaires ne veulent pas investir l’argent nécessaire à leur réfection et souhaiteraient les vendre à la mairie. Mais devant le prix demandé, celle-ci s’y refuse. Ces objets de collection perdent alors leur raison d’être, les habitants des hauteurs de Valparaiso leur patience . La grogne monte chez les usagers, ce qui est parti de la stratégie des propriétaires pour faire pression sur les pouvoirs publics.

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Cerro Concepcion

Valparaiso a construit sa richesse grâce aux navires venant d’Europe et qui après avoir franchi le Cap Horn faisaient leur première escale dans son port. A l’ouverture du canal de Panama (1913), un autre tremblement de terre secoua l’économie locale. La ville mettra du temps à s’en remettre. C’est sans doute cette épreuve qui donna sa patine tant caractéristique aux tôles de la ville, ce lustre qu’ont les cités en disgrâce. Les signes ostentatoires de richesse sont à rechercher derrière la rouille, les vitres brisées ou les planches pourries. De magnifiques maisons particulières, presque des manoirs tombent en ruines. Le commerce international ayant drainé son lot de marchands mercenaires, on reconnait les inspirations britannique et germanique dans l‘architecture. Et puis, il y a les coins et des recoins sombres du vieux port, car Valparaiso est, après tout, une ville de marins avec ses ses bars, ses lupanars et ses coupe-gorges. On entendrait les soirs de brume l’écho des jambes de bois battant le pavé…

Pour vous accompagner dans vos promenades, la fondation Valparaiso a édité un guide (Sendero del bicentenario, www.senderobicentenario.cl) qui propose une quinzaine de circuits, pleins d’anecdotes sur l’histoire de la ville. Idéal pour sortir des sentiers battus.

 

Flanerie à Valparaiso from Claire et Guillaume on Vimeo.

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