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Sucre, la capitale Bolivienne sans gouvernement

Affiche commémorative du 24 mai 2008

Affiche commémorative du 24 mai 2008

Sucre, une capitale seulement d’un point de vue constitutionnel

Ce n’est que quelques jours après notre arrivée en Bolivie que nous avons appris que la capitale de la Bolivie n’est pas la Paz mais Sucre. Car si, constitutionnellement, Sucre est la capitale de la Bolivie, les pouvoirs législatifs et exécutifs se trouvent pourtant à la Paz, d’où notre confusion de départ.

Cela pourrait être considéré comme une simple anecdote sans intérêt mais nous avons compris que cela traduisait de profondes dissensions au sein de l’Etat plurinational de Bolivie.

La Paz, véritable centre de décision, est la ville de l’altiplano, berceau de la culture aymara

La Paz représente la culture andine, “l’ancestrale”, celle qui préexistait avant l’arrivée des espagnols. Elle est située en plein cœur de l’Altiplano, ce territoire infiniment plat et désertique, sans une ombre pour affronter la chaleur du soleil en journée et sans un arbre dont les branches pourraient être utilisées pour réchauffer ses nuits glaciales. On pourrait y voir un monde sans vie, mais il est, de façon étonnante, peuplé d’éleveurs de lama et d’alpaca, seuls animaux domestiques à pouvoir survivre à ses conditions climatiques et géographiques si rudes. Ce qui n’est pas un mal, car comme nous l’ont répété de nombreuses personnes “la viande de lama ne contient pas de cholestérol, ce qui la rend très saine”. Il y a aussi les agriculteurs de pommes de terre et de quinoa, car rien d’autres ne peut pousser à des altitudes pareilles (supérieures à 3 000 mètres)!

Comme toujours, nous sommes impressionnés dans la capacité humaine à s’adapter à des conditions de vie si rustiques. Il faut y être installé depuis des milliers d’années pour s’adapter à son climat et à son altitude. Ainsi, le peuplement “blanc” n’a pas fonctionné dans l’altiplano (c’est notre interprétation), ce qui en fait un territoire très peu métissé, contrairement aux régions plus clémentes de Bolivie.

Le fait que le pouvoir de décision se situe au coeur de ce berceau amérindien n’était pas sans déplaire aux autres habitants de Bolivie. L’élection d’Evo Morales en 2006 (et sa réélection en 2010) en tant que Président de Bolivie n’a pas arrangé ces tensions car il est lui-même originaire de l’Altiplano et est un indien Aymara. Il est surtout le premier président d’origine amérindienne de la Bolivie depuis son indépendance (1825) pour une population majoritairement indienne (plus de 60%, selon l’institut national de statistique de Bolivie)!

Sucre est la descendante directe de la colonisation espagnole

A l’inverse, Sucre, représente la ville blanche, au sens propre comme au sens figuré. Elle tient son surnom de son architecture faite de maisons blanches. Se promener dans ses ruelles nous renvoie de façon flagrante à son passé colonial. Tout rappelle la présence des espagnols: la quantité surréaliste d’églises, qui n’est pas sans souligner combien la religion catholique a été une aide précieuse dans la colonisation du sous-continent. On raconte à ce sujet que si les espagnols se présentaient auprès des indiens avec une croix catholique en signe de paix et avec pour objectif l’évangélisation, ils n’en conservaient pas moins dans leur dos, leurs puissantes épées d’aciers. Il y a aussi ses grandes demeures à balcons et patios intérieurs et enfin ses places luxuriantes de végétation signes d’une vie publique débordante.

Ce passé colonial est d’ailleurs conservé jalousement par les habitants de Sucre, la Ville est d’une propreté incroyable et les demeures coloniales sont impeccablement entretenues, d’autant que Sucre a été sacrée patrimoine mondial de l’humanité en 1991.

Les deux villes symbolisent les tensions ethniques du pays, qui conduisent parfois à des débordements

Ses habitants sont sans conteste beaucoup plus métissés que dans l’altiplano, avec aussi de nombreux créoles (descendants d’espagnols). Ce sont ces mêmes habitants qui réclament cœurs et âmes que les centres de décision du pays soient transférés à Sucre, pour que la Ville ne soit pas seulement capitale en droit constitutionnel mais aussi en fait. Une question de pouvoir en somme. En plein débat constitutionnel courant 2008, cette revendication a conduit à des manifestations de violence ainsi qu’à des actes racistes envers la communauté indienne, comme ce 24 mai 2008, en plein centre historique de Sucre, où des “campesinos” (paysans), venus accueillir Evo Morales en déplacement à Sucre, se sont faits violemment agressés. Des propos éminemment racistes leur ont été lancés: “indiens de merde, poubelles, vous êtes des animaux, des lamas” et ils ont été obligés à se dévêtir et à s’agenouiller pour dire : “Que meure Evo, Sucre doit être respectée!” ou encore à demander pardon au peuple  ou enfin à embrasser le drapeau de Sucre. Ces faits se sont déroulés la veille de la célébration du 199ème anniversaire du premier cri d’indépendance d’Amérique du Sud, quelle preuve du maintien de la discrimination envers les communautés indigènes !

Jusqu’à aujourd’hui, les coupables, connus dans tout Sucre, n’ont toujours pas été arrêtés.

 

 

 

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