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Potosi: là où tout a commencé – Première Partie

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Cerro Rico

De toutes les villes minières, Potosi est sans doute la plus belle. Et comme toute ville au passé minier, elle possède son musée de la mine. Le musée Diego Huallpa est installé sous le Cerro Rico (« la montagne riche »), qui veille sur Potosi et qui a fait sa richesse. Il existe une foultitude de musée dans d’anciennes mines, dans le Nord de la France, dans le Sud à Ales. Voilà, c’est dit: dans des anciennes mines A Potosi,  le Cerro Rico est encore exploité,  ce qui, soit dit au passage, pose problème quand on est inscrit au patrimoine mondial de l’humanité (il a d‘ailleurs rapetissé de 300m en 500 ans).

Ainsi pour rentrer dans le musée,  il faut emprunter l’une des 240 entrées que compte le Cerro Rico, pour se retrouver côte à côte avec des personnes qui se rendent sur leur lieu de travail à plusieurs centaines de mètres sous la montagne. Si le sentiment de culpabilité de se la couler douce pendant que d’autres vont trimer au fond de la mine ne suffit pas, la grande spécialité de la ville est de proposer des demi-journées dans la mine avec de “vrais” mineurs dans de “vraies” conditions: claustrophobes et asthmatiques s’abstenir !  Avec un peu de chance, il sera possible de croiser des enfants venus passer leurs vacances à travailler…

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Exploitation du Cerro Rico

Une exploitation vieille de plusieurs siècles

Tout a réellement commencé lorsque, de façon inopinée, Diego Huallpa, un indien quecha, découvrit par hasard un filon d’argent dans la montagne sacrée (Sumaq Urqu) des populations locales, en 1545. Celles-ci n’y avaient pas touché car, selon la légende, une voix leur aurait déconseillé de le faire, cet argent n’étant pas pour eux. Potosi tire son nom de cette histoire, en quechua, Potosi signifie “Qui parle”. Les espagnols ne mirent pas longtemps à être au courant de l’affaire et commencèrent rapidement l’exploitation de la mine.

Il faut peu de temps avant que la nouvelle se répande et attire tous les chercheurs d’argent du nouveau monde, la ville de Potosi se crée donc dans la foulée. Lors des deux premières années d’exploitation, les colons ont recours au travail forcé des indiens et plus de mille d’entre eux mourront à cause des conditions de travail inhumaines (18 heures de travail par jour). Les esclaves noirs, quant à eux, n’ont pas supporté les conditions de travail en altitude et ont été déportés dans les forêts tropicales. Depuis lors, le Cerro Rico n’a cessé d’être exploité, faisant la richesse de la cité et des espagnols. A tel point qu’aux XVI et XVIIème siècle, Potosi est la ville la plus peuplée du monde, et tout ça à 4 200m au dessus du niveau de la mer. Aujourd’hui encore et même si son prestige s’est amoindri, elle garde le titre de ville de cette taille (160 000 habitants) la plus haute du monde.

Il est difficile d’évaluer le nombre de mineurs travaillant actuellement dans les mines, les chiffres que nous avons entendu varie entre 500 et 15 000 mineurs. Les filons s’épuisent et l’exploitation n’est plus rentable pour qu’une grande entreprise y travaille. La Comibol (Compagnie Minière de Bolivie) a jeté l’éponge en 1986. C’est aujourd’hui une myriade de coopératives qui exploite les six minerais (sur soixante)  et les vendent à l’exportation.

L’étonnant culte du Tio

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Le tio dans sa mine

Le travail des mineurs s’accompagne de superstitions et parmi elles, celle du Tio (“l’oncle”, dérivé du mot Dios / Dieu). Dans l’obscurité de la mine, les hommes rendent un culte dévoué à cette représentation diabolique: des pieds de bouc, un visage d’espagnol (yeux clairs et barbe), un sourire qui rappelle l’avidité et la cupidité des conquérants, et les cornes qui représentent  les veines de minerai. Jusqu’en 1825, après l’indépendance de la Bolivie, le culte n’avait pas d’image  et ce n’est qu’au départ des Espagnols que la représentation du Tio a fait son apparition sous les traits d’un espagnol.

Chaque vendredi, les mineurs viennent lui offrir de l’alcool à 90° (la pureté de l’alcool  symbolisant celle du minerai à découvrir), des cigarettes ou de la coca. Ils lui versent de l’alcool sur les yeux pour y voir dans la noirceur de la mine, sur les épaules pour avoir la force, sur les genoux car ils sont rentrés dans la mine sur leurs deux jambes et aimeraient en re-sortir de la même manière, et sur son sexe pour la fertilité. D’ailleurs, s’il en a un disproportionné, c’est qu’il s’accouple avec la Pachamama (la terre-mère) pour donner naissance aux mineurs. Le Tio a un nom d’homme, souvent Jorge (Georges) car les Georges sont des hommes riches dans les films américains. Les mines ont des noms féminins en hommage à la Pachamama. Comme celle-ci est d’un tempérament jaloux, les femmes ne sont pas admises à travailler dans la mine, mais elles se rattrapent en travaillant à l’extérieur, à trier les minerais.

500 ans d’exploitation et il se dit que si le Cerro Rico est rouge, c’est à cause du sang versé des indiens.

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