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Visite du MAAM: Sacrifice d’enfants en altitude

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L’entrée du MAAM

Des plateformes cérémonielles sur les sommets des montagnes

Pour notre première visite à un musée depuis notre départ, nous avons honoré le MAAM (Musée d’Archéologie en Haute-Montagne) de Salta de notre présence. En 1999, une expédition archéologique financée par le National Geographic, entreprend la fouille de ruines  qui se trouvent au sommet du volcan Llullaillaco à la frontière avec le Chili. Premier point d’exception, le sommet culmine à 6739m, ce qui en fait le site de fouille le plus élevé au monde. Pendant 3 jours et dans des conditions extrêmes (-20°C et un vent de 80Km/h), les « archéologues-alpinistes » –car il faut allier les deux compétences dans ce cas là- vont fouiller la plateforme cérémonielle pour mettre à jour les momies enterrées de trois enfants. Elles se trouvent dans un état exceptionnel de conservation lié au froid, à l’absence de bactéries et le peu d’oxygène à cette altitude. La momification résulte donc d’un phénomène naturel.  Si la découverte est incroyable, ce n’est pourtant pas la première fois que l’on retrouve des corps d’enfants en montagne. En Argentine, 8 en incluant ceux-là ont été découverts. Pour les Incas, les montagnes étaient le lieu privilégié pour entrer en contact avec les dieux (Inti, le soleil, Viracocha, le créateur ou encore Illapa, les éclairs) et plus de 200 montagnes en Amérique du Sud ont à leur sommet un temple ou un oratoire.

Au début du XVème siècle, les Incas annexèrent cette partie de la région  et soumirent donc les Diaguitas autochtones à leur pouvoir. Leur empire s’étendait alors du Sud de la Colombie jusqu’à Santiago du Chili, de part et d’autre de la Cordillère des Andes. Le centre du monde Inca se trouvait à Cuzco (Pérou), ville sacrée. Le Qhapag Nan, le chemin principal, reliait tout l’empire à ce haut lieu religieux. On estime à 40 000Km la distance couverte par cette voie et à ce jour, seulement 20 000Km ont été découverts. Par essence, c’était l’outil par excellence de la diffusion de la culture et des valeurs incas à l’ensemble de l’empire.

Avant le sacrifice, la bénédiction de l’Inca, à Cuzco

Lorsque l’équilibre de l’univers était en péril, l’Inca, le chef suprême, un dieu vivant, organisait la Capacocha, la plus importante fête religieuse de la cosmogonie inca. Étaient alors envoyés à la capitale, les plus beaux enfants des provinces, surtout des hautes classes où ils étaient reçus par l’empereur. Ils y étaient célébrés et on profitait de l’occasion pour les marier afin de renforcer les liens entre les différents seigneurs. Le rituel impliquait de faire deux fois le tour de la place principale de Cuzco pour recevoir ce qui peut s’apparenter à la bénédiction de l’Inca. A la fin des célébrations, ils rentraient chez eux selon la ligne la plus droite possible. Ainsi le voyage que ces trois enfants ont entrepris couvre une distance de 1600Km et a du prendre plus d’un an. Le chemin se faisait à pied car les Incas n’avaient pas inventé la roue, et le rôle des lamas consistait seulement à porter des charges de 30 à 40Kg.

Rentrés à la maison, ils étaient fêtés comme il se doit. Une procession s’organisait vers le lieu du sacrifice et une fois au sommet, les enfants consommaient la Chicha (alcool de maïs) et s’endormaient pour ne plus jamais se réveiller. Les momies que l’on peut voir au musée ont des postures d’enfants endormis. La position de leur corps figé il y a 500 ans est troublante de réalisme: menton posé sur les genoux, bras autour des jambes… L’aura qu’ils avaient acquise de par la bénédiction qu’ils avaient reçu de l’Inca et de par leur beauté et pureté en faisait les envoyés de la communauté auprès des dieux. La croyance évoque ainsi le principe de réciprocité pour justifier ce qui peut nous paraitre barbare: plus le sacrifice est important, plus la communauté qui l’a fait recevra en retour.

Pour faciliter leur passage dans l’autre monde, les enfants (6, 6 et demi et 15 ans) étaient accompagnés dans leur tombe d’objets représentant le monde inca (vêtements, poupées miniatures etc…). L’Ajuar – cet ensemble d’objets mortuaires- reflétait la richesse et la puissance de l’empire: les coquillages venaient de la côte de ce qui est aujourd’hui l’Equateur, les plumes de la jungle etc…

Aujourd’hui, le musée a dû déployer des trésors d’ingéniosité pour conserver ces momies dans les mêmes conditions qu’elles connurent pendant 500 ans. Elles sont exposés à tour de rôle afin de minimiser les dommages d’une telle exposition. Les scientifiques ne sont autorisés à travailler dessus seulement 15mn tous les trimestres.

Pour en savoir plus:

http://maam.culturasalta.gov.ar/

http://www.natgeo.tv/us/especiales/ninos-momia/

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