A la croisée des chemins

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Las yungas du Nord-Ouest argentin

 

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La forêt reprend ses droits

Une concentration incroyable de biodiversité

Notre séjour dans le Nord-Ouest argentin a surtout pour objet la découverte des « yungas », forêts tropicales de montagnes qui occupent en Argentine, 5 millions d’hectares, sur une altitude allant de 400 à 3000 mètres d’altitude.

Ces forêts fascinent par l’exubérance de leur végétation du au climat très humide de cette région (par exemple, en été pendant la saison des pluies, le taux d’humidité peut s’élever à 70% tandis que les températures avoisinent les 45°C!). Aussi regorgent-elles d’une faune et flore très riche, et même si elles n’occupent que 2% du territoire argentine, elles représentent 50% de sa biodiversité!

Les “yungas” sont situées sur les pentes orientales des chaines de montagne des Andes: les montagnes sud-andines, la pré-cordillère des andes et les montagnes de la pampa des provinces de Salta, Jujuy, Tucuman et Catamarca sur 700 km de longitude Nord-Sud et 50 km de largeur. La végétation luxuriante est maintenue en vie grâce à une couche de nuages chargées d’humidité et de pluie fine, d’où le surnom donné de “forets nuageuses” (bosques nublados).

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Les forêts nuageuses n’usurpent pas leur nom

La présence de ces forêts est associée aux cordons montagneux qui interceptent les vents humides et les pluies qui proviennent de l’Océan Atlantique. Le climat est chaud et humide avec une saison sèche durant l’hiver et le printemps. Totalement différent pour les pentes occidentales de ces mêmes chaines de montagne qui connaissent un climat totalement sec et sans pluie! C’est la célèbre “Quebrada de Humahuaca”.

Un écosystème différent selon l’altitude

En même temps que l’on monte dans la montagne, se produisent des changements de température, humidité et précipitation qui déterminent la formation de différents étages de végétation avec chacune ses caractéristiques et ressources naturelles. Entre 400 et 700 mètres, se trouvent les forêts de contreforts. Entre 700 et 1500 mètres, les forêts de montagne. Entre 1500 et 3000 mètres, les forêts nuageuses et au-dessus de 3000 mètres, les prairies.

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La brume descend sur les Yungas

La conservation des “yungas est très importante car ces forêts permettent de réguler, par absorption, l’eau de pluie abondante pendant la saison des pluies (de décembre à mars, 2 mètres de pluie) et évitent ainsi un écoulement de ces eaux potentiellement dangereux du fait de la géographie montagneuse. Ce faisant, elles limitent également le phénomène de l’érosion en retenant la terre grâce aux racines des arbres et évitent ainsi des éboulements de terrain dangereux pour les habitations et cultures agricoles des vallées.

Malheureusement, c’est aussi un système naturel très fragile et qui est aujourd’hui menacé par l’intervention des hommes. De plus, la région des “yungas” concentre d’importantes populations de communautés d’autochtones, des amérindiens, qui vivent d’une économie d’auto-subsistance fortement dépendante de la conservation des ressources naturelles (agriculture, élevage). Ainsi, le maintien de leur mode de vie et cultures ancestrales dépend de l’évolution de leur milieu naturel.

Les interventions humaines menacent ces forets tropicales de montagne

Elles se situent à chaque frange de végétation qui sont chacune interdépendante des unes et des autres.

Au niveau des contreforts, la forêt est menacée par l’extension des exploitations agro-industrielles tournées, entre autres, vers l’exportation: culture du soja, de la canne à sucre et de citrons.

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Les arbres se font les hôtes des parasites

Au niveau de la forêt de montagne, ce sont les sur-exploitations forestières qui la menacent, soit un rythme de coupe supérieur au rythme de repousse des arbres. Les coupes servent autant aux bois de chauffage qu’à la production de papier.

Dans le même temps, la préoccupation environnementale ne doit pas faire oublier les problématiques d’emploi de la région dont la mécanisation croissante des industries et exploitations agricoles ont entrainé beaucoup de chômage.

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La brume efface la certitude des contours

Tel est le défi auquel sont confrontés les différents acteurs de cette région. Aussi, en 2002, l’UNESCO a-t-elle déclarée deux millions d’hectares sur cinq millions de ces forêts comme “réserve de biosphère”, sur proposition de l’Argentine. Ce faisant, la conservation de cette région constitue une problématique mondiale, même si la conservation de cette réserve continue de relever de la seule autorité de l’Etat Argentin.

L’objectif de ces réserves est de trouver les moyens de concilier activité économique, préoccupations sociales et conservation des ressources naturelles. Ainsi, leur définition contribue à penser stratégiquement l’aménagement d’un territoire et à multiplier les espaces de concertation et d’échanges entre les différents acteurs ayant un intérêt à agir.

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Les cables électriques sont aussi victimes de la luxuriance de la végétation

En conclusion, il existe aujourd’hui 563 réserves de biosphère dans le monde, réparties dans 109 pays.

Pour en savoir plus:

Fondation Pro-Yungas