Devoir de mémoire : la Maison des esclaves sur l’Ile de Gorée

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La Maison des Esclaves

Point de passage obligatoire de tout séjour au Sénégal, classée au patrimoine mondial de l’humanité,  l’île de Gorée revêt une symbolique importante dans l’histoire africaine et sert au recueillement de tout un peuple vis-à-vis de l’esclavage, un crime contre l’humanité qui hante la mémoire collective. A l’heure où le président sénégalais Wade prône la renaissance africaine à coup de millions de francs CFA, il est intéressant de se replonger dans ce qui apparait être l’une des premières morts de l’Afrique. D’autant plus que l’homme blanc y joua un rôle important.

IMG_2428-LDL’Ile de Gorée, au large de Dakar, fut une importante plateforme du commerce des esclaves sur la côte atlantique du continent africain au XVème siècle. Anglais, Français, Hollandais et Portugais y ont tour à tour régné en maitres. Avant la colonisation européenne du continent africain au XVIIIème siècle, les puissances occidentales étaient réticentes à s’enfoncer dans les terres africaines, réputées trop dangereuses et surtout infestées de maladies (paludisme, fièvre jaune, maladie du sommeil, etc.). Ainsi, les iles bordant le continent africain étaient très disputées et convoitées (comme Zanzibar, côté océan indien).

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L'île de Gorée, vue depuis le cargo

Au plus fort de la traite négrière, l’île de Gorée comprenait une trentaine d’esclaverie qui se partageaient le marché de la traite des noirs. Des esclaves entassés au rez-de-chaussée de belles bâtisses dans l’attente d’être déportés par bateau sur le nouveau continent et servir de main d’œuvre, entre autres, dans les plantations de coton et de cannes à sucre d’Amérique du Nord et du Sud.

Mais la Maison des Esclaves nous rappelle le but premier de notre visite. La visite est menée par le conservateur qui

énonce les faits froidement et de façon neutre, comme le veut son code déontologique d’historien. La traite des noirs a entrainé la déportation de 20 à 30

millions d’africains dont 6 millions auraient péri pendant la traversée pour les Amériques.

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Les rues pleines de charme de l'île

Dans ces maisons aux esclaves, les familles étaient séparées: une pièce pour les hommes, les femmes, les enfants et les vierges… Une attention particulière était prêtés au poids des esclaves: ceux qui faisaient moins de 60Kg étaient engraissés! Car afin d’en tirer le meilleur prix, il fallait que l’esclave soit en bonne forme et susceptible de supporter les conditions

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inhumaines de la traversée jusqu’aux Amériques. Les récalcitrants au départ

ou les fauteurs de troubles étaient enfermés pendant plusieurs jours dans des cachots minuscules, privés de lumière. Les malades sans chance de rémission étaient jetés dans l’océan pour y être dévorés par les requins et par la même, ôter l’idée de s’échapper à certains… Dans leur grande générosité, les maitres de maison affranchissaient les femmes qui tombaient enceintes du patron,

et pouvaient ainsi retrouver leur liberté.

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Une des cellules

Si au premier plan, il est indubitable que  les européens sont responsables puisqu’initiateurs de cette traite et principaux bénéficiaires de ce commerce, il ne faut pas oublier que les africains – eux-mêmes – ont fourni les esclaves aux maisons.  Les prisonniers des guerres tribales représentaient le gros de ceux qui deviendraient esclaves, échangés contre des armes, ou des objets de pacotilles.  Cette responsabilité est toute fois relative dans la mesure où les chefs de village qui ne participaient pas à la traite,  étaient menacés par ceux qui y  étaient impliqués puisqu’ils bénéficiaient des armes européennes et  donc d’une certaine supériorité technologique dans la guerre.

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Et la porte de non-retour...

La condition des esclaves d’un temps révolu nous amène à réfléchir aux

nombreuses formes contemporaines d’esclavage: quelle différence y a-t-il entre les esclaves d’hier et les millions de migrants des pays pauvres, travailleurs forcenés et exploités des pays occidentaux?

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